Algèbre · 2e année
Prérequis (rédigés ailleurs, à relire et non répétés ici). Normes, normes équivalentes, ouverts et fermés, continuité, applications linéaires continues, compacité et théorème des bornes atteintes, particularités de la dimension finie, connexité par arcs (fiche « Espaces vectoriels normés », § Normes, § Normes équivalentes, § Ouverts et fermés, § Continuité, § Applications linéaires continues, § Compacité, § Dimension finie, § Connexité par arcs) ; matrices symétriques, théorème spectral, matrices symétriques positives et définies positives, quotient de Rayleigh (fiche « Endomorphismes des espaces euclidiens », § Autoadjoints, § Théorème spectral, § Positifs, § Applications) ; dérivée, classe , extremums d'une fonction d'une variable (fiche « Dérivabilité », § Dérivée, § Classe , § Extremums locaux) ; notation et formule de Taylor-Young (fiche « Analyse asymptotique », § Comparaison, § Taylor-Young).
Dans toute la fiche, et sont des -espaces vectoriels normés de dimension finie (le plus souvent , ou ), est un ouvert non vide de et . Comme toutes les normes sont équivalentes en dimension finie, aucune des notions qui suivent ne dépend de la norme choisie.
Une fonction s'écrit ; les sont ses fonctions coordonnées. Pour on note , pour .
Définition. Soit et . On dit que admet une dérivée en selon le vecteur (ou dérivée directionnelle) si , définie près de , est dérivable en ; on note
Dérivées partielles. Dans muni de la base canonique , la -ième dérivée partielle de en est En pratique : on dérive par rapport à en gelant les autres variables. Autres notations : , ; en deux variables et .
Attention. L'existence de toutes les dérivées partielles, et même de toutes les dérivées directionnelles, en un point n'entraîne pas la continuité en ce point. Exemple : et admet en une dérivée selon tout vecteur, mais ne tend pas vers . C'est pourquoi on a besoin d'une notion plus forte : la différentiabilité.
Définition. est différentiable en s'il existe une application linéaire telle que c'est-à-dire avec quand . Cette application est unique ; on l'appelle la différentielle de en et on la note (ou , ). On écrit ou . En dimension finie, est automatiquement continue. est différentiable sur si elle l'est en tout point de .
Pour , être différentiable en équivaut à être dérivable en , et .
Propriétés. Supposons différentiable en .
Matrice jacobienne. Pour différentiable en , la matrice de dans les bases canoniques est Ligne : les dérivées partielles de ; colonne : la dérivée partielle . Si , son déterminant est le jacobien de en .
Exemples à connaître.
Montrer qu'une fonction n'est pas différentiable en : il suffit de trouver une des conditions nécessaires en défaut (non continue en ; une dérivée directionnelle qui n'existe pas ; non linéaire). Montrer qu'elle l'est : calculer les dérivées partielles en , former le candidat et prouver que .
Définition. est de classe sur si elle est différentiable sur et si l'application , de dans , est continue.
Théorème (caractérisation par les dérivées partielles, admis). Hypothèses : ouvert de ; en tout point de , les dérivées partielles existent ; elles sont continues sur . Conclusion : appartient à , et en particulier elle est différentiable en chaque point de . Réciproquement, si est , ses dérivées partielles existent et sont continues.
C'est l'outil de base : on prouve la différentiabilité sans revenir à la définition, en montrant que les dérivées partielles sont continues. Les implications à retenir : et aucune réciproque n'est vraie ; « dérivées partielles en un point » n'entraîne rien du tout.
Opérations. Sommes, produits par un scalaire, produits de fonctions numériques, quotients (dénominateur non nul), composées de fonctions sont . En particulier : les fonctions polynomiales en les coordonnées sont (et même ) ; les fractions rationnelles le sont sur l'ouvert où leur dénominateur ne s'annule pas.
Point « à problème ». Typiquement est donnée par une formule sur et par une valeur en .
Théorème (différentielle d'une composée). Hypothèses : différentiable en ; ouvert de contenant ; différentiable en . Conclusion : est différentiable en et Si et sont , est .
Dérivée le long d'un arc. Si est dérivable ( intervalle) et différentiable, alors Cas particulier : donne .
Dérivées partielles d'une composée. Si avec de classe : et de même pour . Écrire le point où l'on évalue : c'est l'erreur la plus fréquente.
Coordonnées polaires. Pour avec de classe : les dérivées de étant prises en . Autrement dit et .
Fonctions à différentielle nulle. Hypothèses : ouvert connexe par arcs (par exemple convexe) ; différentiable ; pour tout . Conclusion : est constante sur . Preuve dans le cas convexe : pour , est dérivable sur de dérivée , donc . Si n'est pas connexe par arcs, la conclusion devient « constante sur chaque morceau ». Pour de classe et , on a de même .
Ici est euclidien (produit scalaire ) et est différentiable en . La forme linéaire est représentée par un unique vecteur, le gradient de en , noté ou : Dans muni du produit scalaire canonique (ou dans toute base orthonormée) : . Le développement s'écrit .
Dérivées directionnelles et plus grande pente. Pour unitaire, . Par Cauchy-Schwarz, , avec égalité si et seulement si est colinéaire à . Si , la dérivée directionnelle est maximale pour (direction de plus forte croissance) et vaut alors ; elle est nulle pour les orthogonaux au gradient.
Gradient et lignes de niveau. Si est un arc dérivable tracé sur une ligne de niveau ( pour tout ), alors : le gradient est orthogonal aux lignes de niveau. Pour la surface , le plan tangent en un point où est le plan passant par et orthogonal à .
Plan tangent à une surface . Si est différentiable en et , le plan tangent au graphe au point a pour équation C'est le graphe de l'approximation affine ; il est horizontal exactement en un point critique (§ 8).
Gradients usuels.
| (sur ) | |
| sur | , soit si est symétrique |
| ( symétrique) |
Si les dérivées partielles de admettent elles-mêmes des dérivées partielles, on note (On dérive d'abord par rapport à la variable écrite à droite.) est de classe sur si toutes ses dérivées partielles d'ordre existent et sont continues sur ; de même , . Les opérations du § 4 conservent la classe .
Théorème de Schwarz. Hypothèses : de classe sur l'ouvert . Conclusion : pour tous et tout , .
Usage le plus fréquent en devoir : par contraposée, des dérivées croisées différentes en un point prouvent que n'est pas . L'hypothèse « » est indispensable : il existe des fonctions dont les deux dérivées croisées existent en et diffèrent (exercice 5).
Matrice hessienne. Pour de classe , la hessienne de en est symétrique d'après Schwarz. C'est la matrice jacobienne de l'application . En deux variables, avec les notations de Monge que l'on rencontre dans les cours,
Formule de Taylor-Young à l'ordre 2 (admise). Pour et : On peut la retrouver en appliquant Taylor à une variable à : .
Laplacien. Pour de classe sur un ouvert de , ; est harmonique si (exemples : , , sur ). En polaires, avec : (à savoir retrouver par la règle de la chaîne).
Définitions. Soit , et . admet en un maximum local s'il existe tel que pour tout ; un maximum global si pour tout . Mêmes définitions pour le minimum ; strict si l'inégalité est stricte pour . Un extremum est un maximum ou un minimum.
Point critique. est un point critique de différentiable si , c'est-à-dire , c'est-à-dire toutes les dérivées partielles de s'annulent en .
Théorème (condition nécessaire du premier ordre). Hypothèses : (i) est un ouvert ; (ii) est différentiable en ; (iii) admet un extremum local en . Conclusion : est un point critique de . Preuve : pour tout , la fonction est définie près de (car est ouvert), dérivable en et y présente un extremum local ; sa dérivée est donc nulle (fiche « Dérivabilité »).
Ce que le théorème ne dit pas.
Démarche. Les extremums locaux d'une fonction différentiable sur un ouvert sont à chercher parmi les points critiques. On résout le système complètement (ne perdre aucune solution : factoriser, distinguer les cas), puis on étudie chaque point critique.
Soit de classe sur l'ouvert et un point critique. La formule de Taylor-Young donne : le signe de est gouverné par celui de , donc par les valeurs propres de la matrice symétrique (voir Endomorphismes euclidiens § Positifs et § Applications, quotient de Rayleigh).
Théorème (conditions du second ordre). On note les valeurs propres de , point critique.
Idée de la preuve de 2 : avec , Rayleigh donne , donc pour assez petit. Preuve de 3 : si avec , alors a le signe de pour petit ; deux directions de signes opposés interdisent l'extremum.
Cas de deux variables (le plus fréquent). et :
| Signe de | Conclusion en un point critique |
|---|---|
| et | minimum local strict |
| et | maximum local strict |
| point col, pas d'extremum | |
| cas douteux : étude directe |
(Si , alors , donc et , ont le même signe.)
Cas douteux : étude directe. Étudier le signe de à la main : restrictions à des droites ou à des courbes passant par (, , , …) pour prouver qu'il n'y a pas d'extremum ; mise sous forme de carrés, inégalités, pour prouver qu'il y en a un. Exemples : (minimum strict, hessienne nulle), (col, hessienne nulle), (pas d'extremum, ). Une fonction peut être minimale en le long de toute droite passant par sans que soit un minimum local (exercice 3).
Sur un ouvert. Un extremum global atteint en un point de l'ouvert est en particulier local : il est atteint en un point critique. Pour prouver qu'un point critique donne un extremum global, il faut un argument global : écrire comme une somme de carrés, utiliser une inégalité classique, ou un argument de compacité. Pour réfuter un extremum global, exhiber une suite de points où tend vers ou dépasse la valeur candidate.
Sur un compact (méthode type). Hypothèses : compact non vide de (fermé et borné), continue, de classe sur l'intérieur .
Sans compact au départ. Si est continue sur un fermé non borné et tend vers quand (« est coercive »), on se ramène à un compact : on fixe , on choisit tel que pour , et le minimum de sur le compact est le minimum de sur .
Lien avec l'algèbre. Le maximum de ( symétrique) sur la sphère unité est la plus grande valeur propre de (Endomorphismes euclidiens § Applications). Par le calcul différentiel : le quotient est différentiable sur , de gradient ; il est constant sur chaque demi-droite, donc ses extremums sur sont ceux de sa restriction à la sphère (compacte), et ils sont atteints en des points critiques, c'est-à-dire en des vecteurs propres. C'est un thème classique de Mathématiques II et des concours blancs.
est de dimension finie ; on le munit de n'importe quelle norme (souvent une norme sous-multiplicative, ou la norme euclidienne associée à ). On calcule la différentielle en développant et en isolant la partie linéaire en ; le reste doit être un .
| justification | ||
|---|---|---|
| , , , | , , , | linéaires |
| reste , et | ||
| () | récurrence, ou développement | |
| bilinéaire | ||
| gradient | ||
| voir ci-dessous | ||
| sur | voir ci-dessous |
Attention à la commutativité : , et pas ; la différentielle de en n'est pas (sauf si commute avec ).
Déterminant. est polynomial en les coefficients, donc .
Inverse. est un ouvert (EVN § Dimension finie). Pour et assez petite pour que soit inversible : (multiplier à gauche par pour le vérifier) ; le membre de droite est un car (les coefficients de l'inverse sont des fractions rationnelles continues). D'où , l'analogue de .
Composées. La règle de la chaîne s'applique telle quelle : par exemple, sur l'ouvert , . Pour une fonction de dans , un extremum en un point intérieur du domaine annule : c'est ainsi que les problèmes de Mathématiques II tirent une relation matricielle (, …) d'un maximum ou d'un minimum (exercice 9).
On cherche les fonctions de classe (ou ) sur un ouvert de vérifiant une relation entre et ses dérivées partielles. Au programme : les équations simples, que l'on ramène par un changement de variables à l'un des deux modèles suivants.
Modèle 1 : . Hypothèses : de classe sur un ouvert convexe (ou un pavé , ou plus généralement un ouvert dont l'intersection avec chaque droite horizontale est un intervalle) ; sur . Conclusion : il existe de classe telle que . (Réciproque immédiate.) L'hypothèse sur la forme de compte : sur un domaine en forme de « U », peut prendre deux valeurs différentes sur une même horizontale. Plus généralement, donne où est une primitive de par rapport à .
Modèle 2 : sur (ou un pavé) avec de classe : ne dépend que de , donc , puis avec , de classe .
Méthode du changement de variables.
Changements de variables classiques.
| Équation | Changement | Équation obtenue | Solutions |
|---|---|---|---|
| , | , | ||
| , (cordes vibrantes) | , | ||
| sur | polaires, | ||
| sur | polaires | , homogène de degré |
La dernière ligne est la relation d'Euler : une fonction est homogène de degré ( pour ) si et seulement si (sens direct : dériver en ).
Existence (bornes atteintes) points critiques intérieurs bord paramétré (fonctions d'une variable, sommets compris) tableau des valeurs et comparaison. Rédiger chaque étape, en particulier la phrase d'existence.
Développer , isoler les termes de degré en (en respectant l'ordre des produits), vérifier que est linéaire et majorer le reste par (norme sous-multiplicative). Pour et , utiliser les formules du § 11 en les justifiant.
Changement de variables bijectif, dans les deux sens dérivées de en fonction de celles de équation en intégration sur un domaine convexe retour à éventuelles conditions données (valeurs sur un axe) pour fixer les fonctions arbitraires.