Analyse · 1re année
À quel moment de l'année ? Les chapitres « Limites et continuité » et « Dérivabilité » viennent après. On utilise donc les outils du lycée : dérivées usuelles, limites usuelles, et le fait suivant, admis ici et démontré au chapitre « Dérivabilité » (§7) : une fonction dérivable sur un intervalle, de dérivée nulle, y est constante. Aucun développement limité n'est utilisé.
Prérequis. Dérivées des fonctions usuelles et exponentielle complexe , (fiche Fonctions usuelles §4 et §11) ; calcul de primitives, intégration par parties, changement de variable (fiche « Primitives » §1, §5, §6) ; équation du second degré dans et formules d'Euler (fiche Calculs algébriques et complexes §7, §10).
Dans toute la fiche, désigne ou , est un intervalle de contenant au moins deux points, et les fonctions coefficients sont continues sur .
Une équation différentielle linéaire du premier ordre (EDL d'ordre 1) sous forme normalisée (on dit aussi « résolue ») s'écrit
Une équation est dite non normalisée : on ne peut la diviser par que sur un intervalle où ne s'annule pas (§7).
Une EDL du second ordre à coefficients constants s'écrit Ses solutions sont les applications deux fois dérivables sur qui satisfont l'égalité en chaque point de . Si l'équation est écrite avec , on divise d'abord par .
Le mot « linéaire ». L'application (ou ) vérifie . Une équation comme ou n'est pas linéaire : rien de ce qui suit ne s'y applique directement.
Théorème (structure). Hypothèses : est l'un des deux opérateurs ci-dessus ; est une solution de sur . Conclusion :
Preuve : par linéarité, .
Solution générale = une solution particulière + solution générale de l'équation homogène. D'où le plan de résolution, toujours le même : (1) équation homogène ; (2) une solution particulière ; (3) conclusion.
Principe de superposition. Hypothèses : et sur ; . Conclusion : . On découpe donc un second membre compliqué en morceaux simples, on traite chaque morceau, puis on additionne.
Équation réelle, solutions complexes. Si les coefficients sont réels et que est une solution complexe de ( réels), alors est solution de et de (car lorsque est à coefficients réels). C'est la clé des seconds membres trigonométriques (§6 et §11).
Théorème. Hypothèses : continue ; une primitive de sur (elle existe car est continue sur un intervalle). Conclusion : les solutions sur de sont exactement les fonctions
Preuve (à savoir refaire). Pour dérivable sur , posons . Alors . Donc est solution de sur est constante sur l'intervalle .
Conséquence importante. Une solution de qui s'annule en un point de est la fonction nulle (car ne s'annule jamais). Autrement dit, une solution non nulle de ne s'annule pas sur et, si elle est réelle, garde un signe constant.
Pratique (pour éviter les fautes de signe). On écrit , on cherche une primitive du facteur de , et l'on conclut .
Exemples.
Solution évidente. Toujours regarder d'abord si une constante, un polynôme de bas degré ou une fonction proche du second membre convient. Exemple : admet la solution constante .
Variation de la constante : la méthode. On garde la forme de la solution homogène, mais on remplace la constante par une fonction dérivable . Pour : Les termes en se simplifient toujours (c'est un bon contrôle du calcul). Donc On choisit une primitive de : on obtient une solution particulière. Si l'on garde la constante d'intégration, on obtient directement la solution générale :
Exemple. Sur , . Homogène : . Variation : , soit ; par parties, . Solution générale : .
Toute la difficulté est reportée sur le calcul d'une primitive : c'est pourquoi les devoirs commencent souvent par une question « Calculer » qui sert ensuite dans la variation de la constante.
Théorème de Cauchy-Lipschitz linéaire (ordre 1). Hypothèses : continues sur l'intervalle ; ; . Conclusion : l'équation possède sur exactement une solution vérifiant . Elle s'écrit, avec :
Preuve. D'après §3-§4, les solutions sont les ; en prenant les primitives nulles en , la condition s'écrit : une seule valeur possible.
Conséquences à connaître.
Pour avec constant, l'équation homogène donne , et l'on cherche une solution particulière « de la forme du second membre ».
| Second membre | Solution particulière cherchée sous la forme |
|---|---|
| polynôme de degré | de degré si ; de degré (une primitive de ) si |
| , | avec si ; si |
| ou , réel | , ou partie réelle / imaginaire d'une solution complexe |
Justification. Avec : . Si , l'équation se résout par identification avec ; si , il reste .
Exemples (sur , équation , homogène ).
Soit sur , avec continues, et supposons que s'annule en un seul point intérieur à . Sur et sur , on peut diviser par : on résout l'équation normalisée sur chacun de ces intervalles (§3 à §6). Il reste à savoir quelles solutions se recollent en une solution sur tout entier.
Méthode du raccordement (analyse puis synthèse).
Selon l'équation, on peut trouver : aucune solution sur , une seule, une infinité dépendant d'un paramètre, ou même de deux paramètres. En particulier, le théorème de Cauchy ne s'applique pas à une équation non normalisée au point .
Exemple. sur . Sur : , donc ; sur : . Le point 2 donne , la continuité est automatique. À droite, n'a une limite finie que si ; de même à gauche. Synthèse : la fonction nulle convient. Seule la fonction nulle est solution sur ; en particulier aucune solution ne vérifie .
Plus tard. Au chapitre « Dérivabilité », le théorème du prolongement dérivable (§9) remplacera souvent l'étude du taux d'accroissement au point 4.
On considère avec . Pour , ; d'où l'équation caractéristique est solution de si et seulement si est racine de .
Théorème (solutions complexes, ).
Théorème (solutions réelles, ).
Idée de la preuve (le calcul est un classique de devoir). Soit une racine et . Comme et (car ), on obtient Donc est solution est solution de l'EDL d'ordre 1 : , puis on intègre ( si , si ). Pour le cas réel avec , on prend les parties réelles des solutions complexes : et sont solutions réelles, et toute solution réelle est combinaison réelle de ces deux-là.
Exemples.
Forme amplitude-phase (utile en physique) : si , avec .
Théorème. Hypothèses : ; continue ; ; . Conclusion : l'équation possède sur exactement une solution vérifiant et .
Deux conditions, portant sur et au même point. Avec deux conditions en deux points différents (« conditions aux limites »), il peut n'y avoir aucune solution ou une infinité : , , a pour solutions toutes les fonctions .
Réduction à deux équations du premier ordre (preuve du théorème et méthode de secours). Soient les racines de (éventuellement égales). On a . En posant : On résout la première équation (ordre 1, §3-§5), puis la seconde. Chaque étape a une solution unique pour une condition initiale donnée (, puis ), ce qui prouve le théorème ; et la méthode fonctionne pour tout second membre continu, même quand les formes des §10-§11 ne s'appliquent pas.
En pratique : on écrit la solution générale d'abord, puis on impose les conditions initiales à cette expression complète (jamais à la seule solution homogène).
Théorème. Hypothèses : sur , avec et polynôme de degré . Conclusion : l'équation admet une solution particulière de la forme où lorsque n'admet pas pour racine, si est racine simple, si est racine double.
Pourquoi. Pour : On cherche donc un polynôme avec : de degré si ; si est racine simple (, ), de degré donc de degré , et l'on peut prendre sans terme constant, d'où le facteur ; si est racine double, il reste . Retenir la formule encadrée de : elle évite de dériver deux fois un produit à chaque exercice.
Cas particulier : second membre polynôme ; si , si et , si .
Exemples (avec , racines et ).
Pour une équation à coefficients réels et un second membre :
Méthode complexe (recommandée). On écrit , . On résout avec le second membre complexe (§10, avec ), puis on prend la partie réelle (pour un cosinus) ou imaginaire (pour un sinus) de la solution trouvée (§2).
Méthode réelle (équivalente). On cherche avec de degré , et la multiplicité de comme racine de ( puisque ).
Exemples.
Linéariser d'abord. Un second membre comme , ou se réécrit en somme d'exponentielles ou de , simples (fiche Calculs algébriques et complexes §8), puis on applique le principe de superposition.
Une équation qui n'est pas à coefficients constants se ramène souvent à une équation connue. L'énoncé indique le changement ; il faut savoir mener le calcul proprement et justifier l'équivalence (« solution de solution de »).
On pose où est une bijection de classe d'un intervalle sur , de réciproque dérivable. Alors est deux fois dérivable si et seulement si l'est. On exprime et à l'aide de , (ou l'inverse) et on substitue.
| Équation (forme type) | Changement | Relations utiles | Équation obtenue |
|---|---|---|---|
| sur (équation d'Euler) | , | , | |
| même équation sur | , | mêmes relations | même équation en |
| , | coefficients constants en | ||
| sur | , | coefficients constants en | |
| sur | , | coefficients constants en |
Calcul type (Euler). donne et . Avec : et . Exemple : sur devient , d'où et, en revenant à (), .
Raccordement en . Une équation d'Euler se résout séparément sur et ; pour les solutions sur , on raccorde (§7) en exigeant que soit deux fois dérivable en .
Beaucoup d'exercices de devoir demandent « toutes les fonctions telles que… » ; on se ramène à une EDL.
Équation intégrale. Si est continue et avec dérivable et continue, alors le second membre est dérivable (une fonction continue a une primitive), donc l'est : et . On résout ce problème de Cauchy, puis on vérifie que la fonction trouvée satisfait l'équation de départ. Pour une intégrale du type , on développe avant de dériver : sa dérivée est , sa dérivée seconde est .
Équation fonctionnelle. Exemple type : dérivable sur avec pour tous . On fixe et l'on dérive par rapport à , puis on prend : . Donc avec , et la relation en impose . Synthèse : ou , .
Relation entre et en un autre point (par exemple ). On dérive une deuxième fois et l'on réutilise la relation : on obtient une EDL du second ordre ; mais toutes ses solutions ne conviennent pas, il faut reporter dans la relation de départ pour trouver les contraintes sur les constantes.
Dans ces trois situations, le raisonnement est une analyse-synthèse : les conditions trouvées sont nécessaires ; la vérification finale les rend suffisantes.
Résoudre de chaque côté avec deux constantes distinctes, puis : valeur imposée au point, continuité, dérivabilité (taux d'accroissement), synthèse (§7). Répondre clairement à la question posée : nombre de solutions, existence pour une condition initiale.
Parité, imparité, périodicité : montrer que la fonction transformée est encore solution, puis invoquer l'unicité du problème de Cauchy en un point bien choisi. Signe : une solution non nulle de ne s'annule pas.