Algèbre · 1re année
Prérequis. Groupes, anneaux, corps et morphismes (fiche « Structures algébriques », § Groupes, § Anneaux) ; calcul matriciel et pivot de Gauss (fiche « Calcul matriciel », § Systèmes) ; polynômes, division euclidienne, Lagrange (fiche « Polynômes », § Division, § Lagrange).
Dans toute la fiche, désigne ou , et , , sont des -espaces vectoriels. La matrice d'une application linéaire dans des bases, le changement de base et le rang d'une matrice font l'objet du chapitre suivant, « Matrices et applications linéaires » : ici, on calcule toujours sur les vecteurs eux-mêmes.
Un -espace vectoriel est un ensemble muni d'une addition et d'une multiplication externe , , telles que :
Les éléments de sont des vecteurs, ceux de des scalaires.
Règles de calcul. ou ; ; .
Espaces de référence.
| Espace | Vecteurs | Opérations |
|---|---|---|
| -uplets | coordonnée par coordonnée | |
| , | polynômes | somme, produit par un scalaire |
| matrices | celles du calcul matriciel | |
| fonctions | , | |
| suites | terme à terme | |
| applications linéaires (§ 7) | comme les fonctions |
est à la fois un -espace vectoriel et un -espace vectoriel : le corps des scalaires fait partie de la donnée, et il change la dimension (§ 5). Un produit est un espace vectoriel pour les opérations composante par composante.
Combinaison linéaire de : tout vecteur avec . Une combinaison linéaire porte toujours sur un nombre fini de vecteurs.
Une partie de est un sous-espace vectoriel lorsque, munie des lois de , elle est elle-même un espace vectoriel.
Caractérisation (celle qu'on rédige). Hypothèse : . Conclusion : pour que soit un sous-espace vectoriel de , il faut et il suffit que (i) et (ii) pour tous et , .
Pour montrer qu'un ensemble est un espace vectoriel, on le présente presque toujours comme sous-espace d'un espace de référence : c'est beaucoup plus court que de vérifier les huit axiomes.
Exemples. ; plus généralement l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène ; ; ; les fonctions continues, dérivables, de classe ; les suites convergentes ; les solutions d'une équation différentielle linéaire homogène (cours d'Analyse). Contre-exemples. (ne contient pas ) ; (réunion de deux droites, non stable par somme) ; (non stable par multiplication par ).
Opérations.
Sous-espace engendré. Pour , est le plus petit sous-espace contenant ; c'est l'ensemble des combinaisons linéaires (finies) d'éléments de , et . est une droite vectorielle si ; est un plan vectoriel si et ne sont pas colinéaires. Règle pratique : on ne change pas en ajoutant à l'un des une combinaison linéaire des autres, en le multipliant par un scalaire non nul, ou en retirant un qui est combinaison linéaire des autres.
Somme. est un sous-espace : c'est , le plus petit sous-espace contenant et .
Somme directe. La somme est directe, notée , si tout vecteur de s'écrit de façon unique avec , . Critère : est directe .
Supplémentaires. et sont supplémentaires dans si , c'est-à-dire Un sous-espace a en général une infinité de supplémentaires : on dit « un supplémentaire », jamais « le ». Ne pas confondre avec le complémentaire ensembliste , qui n'est jamais un sous-espace.
Exemples.
Méthode analyse-synthèse pour prouver sans dimension : analyse — on suppose et on exprime et en fonction de (unicité) ; synthèse — on vérifie que ces , conviennent (existence).
Plusieurs sous-espaces. est directe si avec impose (unicité de la décomposition). Avertissement : pour ne suffit pas (trois droites distinctes du plan). Critère utile : la somme est directe si et seulement si, pour tout , .
Soit une famille finie de vecteurs de (les IPEIM écrivent souvent ).
| Notion | Définition |
|---|---|
| libre (vecteurs linéairement indépendants) | |
| liée | non libre : il existe une relation à coefficients non tous nuls |
| génératrice de | : tout est combinaison linéaire des |
| base de | libre et génératrice |
Une famille infinie est libre si toutes ses sous-familles finies sont libres.
Propriétés.
Coordonnées. est une base de si et seulement si tout s'écrit de façon unique ; les scalaires sont les coordonnées de dans cette base.
Bases canoniques. dans ( a un en position et des ailleurs) ; dans ; dans ; dans (base infinie) ; dans vu comme -espace vectoriel.
Montrer qu'une famille de fonctions est libre : on suppose (fonction nulle) et l'on évalue en des points bien choisis, ou l'on dérive, ou l'on étudie le comportement en (croissances comparées).
est de dimension finie s'il possède une famille génératrice finie. Sinon il est de dimension infinie (, , ).
Théorème de la base incomplète. Hypothèses : de dimension finie ; une famille libre de ; une famille génératrice finie de . Conclusion : on peut compléter par des vecteurs pris dans de façon à obtenir une base de .
Conséquences : tout espace de dimension finie possède une base ; de toute famille génératrice finie on peut extraire une base ; toute famille libre peut être complétée en une base.
Lemme clé. Si est engendré par vecteurs, toute famille de vecteurs de est liée. D'où le théorème de la dimension : toutes les bases de ont le même nombre d'éléments, appelé dimension de et noté (ou si le corps peut prêter à confusion). Par convention .
| Espace | Dimension |
|---|---|
| (attention au ) | |
| sur / sur | / |
| (§ 7) |
Dans un espace de dimension .
Sous-espaces en dimension finie. Soit un sous-espace de , avec .
Le rang de est .
Calcul par échelonnement (le pivot de Gauss appliqué aux vecteurs). Les opérations suivantes ne changent pas , donc pas le rang : échanger deux vecteurs ; multiplier un vecteur par un scalaire non nul ; ajouter à un vecteur une combinaison linéaire des autres. On les utilise pour obtenir une famille échelonnée (le premier coefficient non nul recule d'un rang à l'autre) : son rang est le nombre de vecteurs non nuls restants.
Exemple. Dans , , , . On remplace par , qui vaut . Donc , la famille est liée () et ( et ne sont pas colinéaires).
est linéaire si, pour tous et , . Alors et .
| Vocabulaire | Sens | Notation |
|---|---|---|
| application linéaire | de dans | |
| endomorphisme | de dans | |
| isomorphisme | linéaire bijective | — |
| automorphisme | endomorphisme bijectif | |
| forme linéaire | de dans |
Exemples. sur ; ; et sur ; ; sur ; (décalage) ; les homothéties . Non linéaires : avec (translation), , .
Structure.
Une application linéaire est déterminée par l'image d'une base. Hypothèses : base de ; vecteurs quelconques de . Conclusion : il existe une unique telle que pour tout , à savoir . Conséquence : est un isomorphisme de sur , d'où . Deux applications linéaires qui coïncident sur une base (ou sur une famille génératrice) sont égales.
Pour : Plus généralement, l'image directe d'un sous-espace et l'image réciproque d'un sous-espace sont des sous-espaces.
Inclusions classiques (, ) : ; ; . Pour un endomorphisme : et .
Équations linéaires. Si et , les solutions de sont les avec (« solution particulière + solutions de l'équation homogène », même structure que pour les équations différentielles linéaires).
Vocabulaire des sujets : pour , ; lorsqu'il n'est pas réduit à , l'énoncé l'appelle sous-espace propre et valeur propre (définitions toujours rappelées en 1re année).
Espaces isomorphes. S'il existe un isomorphisme de sur , ces espaces sont dits isomorphes. En dimension finie : et sont isomorphes . Exemple : , .
Rang d'une application linéaire : (quand est de dimension finie). C'est le rang de la famille pour une base de .
Théorème du rang. Hypothèses : de dimension finie, quelconque, . Conclusion : . Idée de la preuve : si est un supplémentaire de dans , la restriction de à est un isomorphisme de sur . Retenir ce résultat intermédiaire : il sert souvent tel quel.
Conséquences.
Attention : n'entraîne pas . Exemple : sur vérifie . Pour avoir la somme directe, il suffit de prouver (et le théorème du rang donne le reste).
On suppose ; tout s'écrit de façon unique , , .
Projection sur parallèlement à : . Symétrie par rapport à parallèlement à : .
Caractérisation des projecteurs. Hypothèse : vérifie (on dit que est un projecteur). Conclusion : , , et est la projection sur parallèlement à . (Décomposition : .)
Caractérisation des symétries. Hypothèse : vérifie . Conclusion : et est la symétrie par rapport au premier parallèlement au second ; est la projection associée. (Le existe car ou .)
Expression analytique (méthode). Pour et : on cherche avec , ce qui impose , soit . Ainsi Contrôles : , (vecteur de ), et .
Pour et , on pose (même définition que pour les matrices, Polynômes § 10).
Théorème (deux racines distinctes). Hypothèses : , dans , . Conclusion : ; la projection sur le premier parallèlement au second est , l'autre est ; enfin et pour . Clé : l'égalité évaluée en donne . Avec plus de racines, on remplace ces deux polynômes par les polynômes de Lagrange (exercice 6) ; l'énoncé général (lemme des noyaux) est un résultat de 2e année. Cas particuliers : (projecteur, , ), (symétrie, , ).
Endomorphismes nilpotents. est nilpotent s'il existe tel que ; le plus petit tel est l'indice de nilpotence. Si , la famille est libre ; en dimension , l'indice est donc au plus et . De plus est inversible, d'inverse .
Le polynôme minimal n'est pas au programme de 1re année : les sujets qui l'utilisent en donnent la définition et les propriétés.
Une forme linéaire est une application linéaire de dans ; leur ensemble est le dual . Exemples : (-ème coordonnée dans une base) ; , , ; .
Hyperplans. Un hyperplan de est le noyau d'une forme linéaire non nulle.
Base duale (dimension finie ). . Si est une base de , les formes coordonnées définies par (symbole de Kronecker) forment une base de , la base duale de . Pour tout et tout : Exemple : pour distincts, les formes forment la base duale de la base de Lagrange de , puisque (Polynômes § 9). Toute forme linéaire sur est donc une combinaison : c'est le principe des formules de quadrature.
Intersections d'hyperplans. L'intersection de hyperplans d'un espace de dimension est de dimension , avec égalité si les formes sont linéairement indépendantes ; tout sous-espace de dimension est l'intersection de hyperplans (un système de équations indépendantes). Exercice 10.
Transposée (aperçu). Pour , est un endomorphisme de ; il apparaît dans les sujets d'examen, défini dans l'énoncé.
Remarque d'orientation : la notion d'hyperplan figure en MP ; le rapport du jury 2025 la déclare hors programme en PC et T.
Le présenter comme partie d'un espace de référence, puis vérifier et la stabilité par combinaison linéaire. Encore plus court : l'écrire comme un noyau ( avec linéaire), une image, ou un .
Résoudre le système (en exprimant certaines inconnues en fonction des autres), écrire le vecteur général comme combinaison des paramètres : . Vérifier que la famille obtenue est libre (elle l'est automatiquement si chaque paramètre « pilote » une coordonnée). Dimension = nombre d'inconnues − nombre d'équations indépendantes.
Compter les vecteurs ( ?), puis prouver la liberté (le plus souvent) ; ou degrés échelonnés pour des polynômes ; ou image d'une base par un isomorphisme.
Vérifier (ou ) en composant, puis identifier et .
Factoriser ; si les racines sont simples, décomposer en somme directe de noyaux (§ 11) ; si , en tirer ; pour , utiliser les projecteurs ou la division euclidienne de par .