Algèbre · 1re année
Prérequis. Espaces vectoriels, sommes directes, dimension, projecteurs (fiche « Espaces vectoriels », § Sommes, § Dimension, § Projecteurs) ; formes linéaires et hyperplans (§ Dual) ; matrice d'une application linéaire, trace (fiche « Matrices et applications linéaires », § Matrice d'une application, § Trace) ; racines d'un polynôme (fiche « Polynômes », § Racines, § Taylor) ; côté Analyse, positivité de l'intégrale et fonction continue positive d'intégrale nulle (fiche « Intégration », § Propriétés, § Cauchy-Schwarz intégrale).
Dans toute la fiche, est un -espace vectoriel : le chapitre est entièrement réel (le cas complexe, « hermitien », relève de la 2e année).
Définition. Un produit scalaire sur est une application , notée , qui vérifie, pour tous et :
| Propriété | Écriture |
|---|---|
| symétrique | |
| linéaire à gauche | |
| positive | |
| définie |
Symétrie et linéarité à gauche donnent la linéarité à droite : est une forme bilinéaire symétrique. On dit en résumé : forme bilinéaire, symétrique, définie positive.
Exemples à connaître (chacun se vérifie avec la méthode ci-dessous).
| Espace | Produit scalaire | Pourquoi il est défini |
|---|---|---|
| (produit scalaire canonique) ; matriciellement | tous les nuls | |
| avec tous les (poids) | idem, car | |
| , | continue, positive, d'intégrale nulle (Intégration § 5) | |
| ou | , ou avec continue, sauf en un nombre fini de points | nul sur privé d'un nombre fini de points : infinité de racines, donc |
| avec distincts ( points) | de degré ayant racines : | |
| formule de Taylor en : toutes les dérivées en nulles | ||
| pour , (somme finie) | c'est le canonique sur les coefficients | |
Contre-exemples instructifs.
Produits scalaires « avec matrice » sur . est un produit scalaire exactement lorsque et : on écrit (forme canonique, comme pour un trinôme).
Norme associée : . Distance : . Un vecteur de norme est unitaire ; pour , est unitaire (on normalise ).
Exemple. Si , et , alors et .
Une norme qui ne vient d'aucun produit scalaire. Sur , est une norme (séparation, homogénéité, inégalité triangulaire) mais, pour , : . Le parallélogramme sert de test : une norme qui ne le vérifie pas n'est pas associée à un produit scalaire.
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Hypothèses : préhilbertien réel, . Conclusion : , et l'on a égalité exactement quand et sont colinéaires.
Preuve (à savoir refaire). Si , tout est nul. Sinon, pour tout , . Ce trinôme de coefficient dominant garde un signe constant : son discriminant réduit est . En cas d'égalité, a une racine (double) , donc , d'où (on utilise ici le caractère défini). Réciproque : calcul direct.
Inégalité de Minkowski (inégalité triangulaire). Hypothèses : . Conclusion : , et l'on a égalité exactement quand et sont positivement colinéaires ( ou avec ).
Preuve. par Cauchy-Schwarz. Égalité : il faut , soit Cauchy-Schwarz avec égalité et produit scalaire positif. Conséquences : ; est bien une norme et une distance.
Les trois versions à reconnaître dans un énoncé.
| Cadre | Cauchy-Schwarz s'écrit |
|---|---|
| canonique | ; avec : |
| (déjà vue en Analyse, Intégration § 6) | |
| ; avec : |
Méthode. Pour prouver une inégalité « produit de deux sommes (ou intégrales) carré d'une somme », chercher deux vecteurs dont le produit scalaire est la quantité au carré. Exemple : si et , alors (prendre et , de produit scalaire ).
Propriétés de l'orthogonal.
Deux sous-espaces et sont orthogonaux si pour tous , , c'est-à-dire . Alors : la somme est directe. Attention : dans , deux plans « perpendiculaires » au sens courant (par exemple et ) ne sont pas orthogonaux au sens de ce chapitre (ils contiennent tous deux la droite dirigée par ).
Théorème de Pythagore. . (Équivalence vraie dans un espace réel.) Pour plus de deux vecteurs, on a seulement une implication : si sont deux à deux orthogonaux, alors . La réciproque est fausse dès : , , dans donnent sans que .
Une famille est orthogonale si pour ; orthonormée (ou orthonormale) si de plus chaque est unitaire, c'est-à-dire (symbole de Kronecker).
Théorème. Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre ; en particulier toute famille orthonormée est libre. Preuve : si , le produit scalaire avec donne , donc .
Conséquences : si , une famille orthonormée a au plus vecteurs ; une famille orthonormée de vecteurs est une base orthonormée (en abrégé dans les cours : b.o.n. ; jamais d'abréviation dans une copie).
Exemples.
Théorème. Hypothèses : est une famille libre de préhilbertien réel. Conclusion : il existe une unique famille orthonormée telle que, pour tout , (i) et (ii) . On l'appelle l'orthonormalisée de Gram-Schmidt de .
Algorithme (une étape par vecteur) : On retire à ses composantes sur les déjà construits, puis on normalise. car sinon serait combinaison de (liberté). est le vecteur où (§ 9).
Variante sans racines. On peut d'abord construire une famille seulement orthogonale par , puis normaliser à la fin. C'est plus sûr en calcul à la main.
Exemple. muni de , base .
D'où la base orthonormée . Contrôles systématiques : vérifier un ou deux produits scalaires nuls, et que a un coefficient de positif.
Existence. Tout espace euclidien possède une base orthonormée (Gram-Schmidt appliqué à une base quelconque). Base orthonormée incomplète. Toute famille orthonormée de euclidien se complète en une base orthonormée de (compléter en une base, puis appliquer Gram-Schmidt : les premiers vecteurs ne changent pas).
Calculs dans une base orthonormée . Pour de coordonnées :
Ces formules sont fausses dans une base non orthonormée. Dans une base quelconque , on a où est la matrice du produit scalaire dans (matrice de Gram). est symétrique, et si et seulement si est orthonormée. Pour et la base , est la matrice de coefficients ().
Représentation des formes linéaires (lien avec le dual, Espaces vectoriels § 12). Hypothèses : euclidien, . Conclusion : il existe un unique tel que pour tout . Dans une base orthonormée, . L'application est un isomorphisme de sur (injective entre deux espaces de même dimension). Conséquence : un hyperplan s'écrit ; est un vecteur normal à . Dans canonique, l'hyperplan d'équation a pour vecteur normal . En PC et T, le mot « hyperplan » est hors programme selon le rapport du jury 2025 : on y parle de « plan de d'équation… » ou de « sous-espace », avec les mêmes formules.
Théorème du supplémentaire orthogonal. Hypothèses : préhilbertien réel, sous-espace de de dimension finie. Conclusion : et . Si de plus est euclidien, . est le supplémentaire orthogonal de (c'est le seul supplémentaire de orthogonal à ).
Preuve. toujours. Pour la somme : avec une base orthonormée de , on écrit et l'on vérifie que la deuxième parenthèse est orthogonale à chaque . Enfin ; si , on écrit avec , , et , donc .
En dimension infinie, l'hypothèse « de dimension finie » est indispensable. Dans muni de (coefficients), l'hyperplan vérifie : si , alors (qui est dans ) pour tout , donc pour tout ; comme n'a qu'un nombre fini de coefficients non nuls, puis . Ainsi et (exercice 8).
Trouver en pratique.
Exemple (, ). Si et , alors et , donc . Comme : . De même , car .
Définition. Soit un sous-espace de dimension finie de . La projection orthogonale sur , notée , est le projecteur d'image et de noyau (au sens de Espaces vectoriels § 10) ; est linéaire, , , , et .
Caractérisation (la plus utile). Pour et : Avec une base quelconque de : on cherche tel que pour (système de équations, appelées équations normales).
Formule avec une base orthonormée de : Avec une base seulement orthogonale : .
Cas à connaître par cœur () :
Exemple. Dans canonique, : , . Pour : , , donc . Contrôle : et est bien colinéaire à .
Matrice dans une base orthonormée. Dans canonique, la matrice de est (avec en colonne) ; celle de est . La matrice d'une projection orthogonale dans une base orthonormée est symétrique (et idempotente).
Inégalité de Bessel. ; avec une famille orthonormée : (Pythagore appliqué à ). Égalité si et seulement si .
Symétrie orthogonale. fixe chaque vecteur de et change en son opposé chaque vecteur de ; elle conserve la norme (). Pour un hyperplan , s'appelle une réflexion.
Projecteur orthogonal. Un projecteur () coïncide avec exactement lorsque , ce qui équivaut à pour tous (exercice 9).
Définition. Pour une partie non vide de et : (borne inférieure d'une partie de non vide, donc elle existe).
Théorème de la meilleure approximation. Hypothèses : sous-espace de dimension finie de , . Conclusion : , et est l'unique vecteur de où cette borne est atteinte. De plus Preuve. Pour : avec et . Pythagore donne , avec égalité si et seulement si .
Formules directes. et . Dans , la distance de au plan vaut . Dans l'exemple du § 9 : .
Reconnaître une distance dans un problème de minimisation. Le rapport du jury 2025 note que des candidats connaissent le cours sur la projection mais ne voient pas qu'un minimum à calculer est une distance. Signal : on minimise une somme de carrés ou une intégrale d'un carré dépendant linéairement de paramètres.
Exemple. Calculer . C'est pour . Avec la base orthonormée de (§ 6) : , , donc et , atteint pour , seulement.
| Espace et produit | Base orthonormée naturelle | Orthogonaux et projections typiques |
|---|---|---|
| , | base canonique | = vecteurs des coefficients des équations ; , ; moindres carrés (exercice 7) |
| , | Gram-Schmidt de : polynômes orthogonaux | pour : polynômes pairs polynômes impairs ; (exercice 10) |
| , | polynômes de Lagrange en : (Polynômes § 9) | coordonnées : |
| , | ; (exercice 6) | |
| , | — (dimension infinie) | fonctions paires fonctions impaires, supplémentaires orthogonaux (exercice 8) |
| , | , ; , |
Dans : et .
Variante orthogonale (sans racines) puis normalisation à la fin ; vérifier deux produits scalaires nuls ; donner le résultat sous forme de famille.
Écrire les conditions d'orthogonalité aux vecteurs d'une famille génératrice, résoudre, et contrôler la dimension ().