Analyse · 2e année
Ce qu'on réutilise sans le refaire. Univers fini, probabilité conditionnelle, probabilités composées, totales, Bayes, indépendance d'événements (Probabilités finies §7, §8, §9) ; loi d'une variable finie, indicatrices, transfert, variance, lois de Bernoulli et binomiale, couples et lois marginales (§10, §11, §12, §13, §14), Markov et Bienaymé-Tchebychev dans le cas fini (§15) ; séries géométriques et exponentielle (Séries numériques §5), séries à termes positifs et convergence absolue (§7, §11) ; convergence normale et continuité d'une somme de série de fonctions (Suites et séries de fonctions §8, §9) ; rayon, dérivation terme à terme, unicité des coefficients, développements usuels (Séries entières §2, §6, §7, §9). Les familles sommables viennent du chapitre de 2e année « Séries numériques et familles sommables » : on s'en sert ici sous trois formes seulement, rappelées au §1.
Dans toute la fiche, désigne un espace probabilisé (certains cours notent la tribu ), le contraire de l'événement , lorsque est donné, et se lit « suit la loi ».
Un ensemble est dénombrable s'il est en bijection avec ; il est au plus dénombrable s'il est fini ou dénombrable, ce qui revient à dire qu'il existe une injection de dans . On peut alors écrire ses éléments en suite : .
| Au plus dénombrables | Non dénombrables |
|---|---|
| toute partie de ; ; ; | , tout intervalle non trivial |
| un produit fini d'ensembles au plus dénombrables | , (suites de Pile ou Face) |
| une réunion au plus dénombrable d'ensembles au plus dénombrables | |
| l'image d'un ensemble au plus dénombrable par une application quelconque |
Pour , l'application est une bijection sur (écriture d'un entier non nul comme puissance de fois un impair). L'univers d'une infinité de lancers, , n'est pas dénombrable : c'est pourquoi on ne le décrit jamais point par point, on travaille avec des événements et une tribu.
Ce qu'on utilise des familles sommables. Soit une famille de réels indexée par un ensemble au plus dénombrable.
Tribu. Une partie de est une tribu (ou -algèbre) si : (i) ; (ii) ; (iii) pour toute suite d'éléments de , . Le couple est un espace probabilisable ; les éléments de sont les événements. Une tribu contient et elle est stable par réunion finie, intersection finie ou dénombrable, différence. Exemples : ; ; c'est toujours quand est au plus dénombrable.
Probabilité. Une application est une probabilité si et si elle est -additive : pour toute suite d'événements incompatibles deux à deux, On en déduit, comme dans le cas fini : , additivité finie, , croissance, si , .
Système complet d'événements : famille au plus dénombrable d'événements incompatibles deux à deux, de réunion . Alors . Certains cours admettent aussi les systèmes quasi-complets (réunion de probabilité au lieu de ) : les formules du §4 restent vraies.
Univers au plus dénombrable. Hypothèses : au plus dénombrable ; famille de réels positifs de somme . Conclusion : une probabilité et une seule sur vérifie pour tout , et pour toute partie . Conséquence : il n'existe pas de probabilité uniforme sur (des tous égaux auraient une somme nulle ou infinie). « Un entier choisi au hasard » n'a de sens que si l'énoncé donne la loi.
Continuité croissante. Hypothèse : suite croissante d'événements (). Conclusion : .
Continuité décroissante. Hypothèse : suite décroissante d'événements (). Conclusion : .
Preuve de la première : les , sont incompatibles, de réunion , et ; la seconde s'obtient en passant aux contraires. Pour une suite quelconque : et (on applique le théorème aux réunions et intersections partielles, qui sont monotones).
Sous-additivité. Pour toute suite d'événements, (inégalité triviale si la série diverge).
Négligeable, presque sûr. Un événement de probabilité est négligeable ; de probabilité , presque sûr. Une réunion au plus dénombrable d'événements négligeables est encore négligeable ; en passant aux contraires, une intersection au plus dénombrable d'événements de probabilité reste de probabilité . Négligeable ne veut pas dire impossible : « Pile à chaque lancer » est un événement non vide, de probabilité nulle.
Exemple type. On lance indéfiniment une pièce donnant Pile avec probabilité , lancers indépendants. Soit : « Face aux premiers lancers ». La suite décroît, , donc « ne jamais obtenir Pile », qui est , est négligeable : Pile finit presque sûrement par sortir.
Définitions et formules sont celles de 1re année (fiche §7-8) ; deux choses changent :
et sont indépendants si . Une famille quelconque est mutuellement indépendante si pour toute partie finie , . Comme en 1re année : mutuelle deux à deux (réciproque fausse) ; on peut remplacer certains par leurs contraires.
Passage à l'infini. Si est mutuellement indépendante, la continuité décroissante donne C'est ainsi qu'on calcule la probabilité d'un événement portant sur une infinité d'épreuves indépendantes.
Définition. Une variable aléatoire discrète sur , à valeurs dans un ensemble , est une application telle que : (i) est au plus dénombrable ; (ii) pour tout , . Si , c'est une variable aléatoire réelle discrète (abrégée V.A.D dans certains énoncés, jamais dans une copie). Pour toute partie , est un événement (réunion au plus dénombrable).
Loi. La loi de est l'application , probabilité sur . Elle est déterminée par les , : « déterminer la loi de », c'est donner et ces nombres, puis vérifier que leur somme vaut . Deux variables de même loi peuvent être différentes (sur un même , et avec ).
Existence d'une variable de loi donnée. Hypothèses : au plus dénombrable ; réels positifs de somme . Conclusion : il existe un espace probabilisé et une variable sur cet espace avec et pour tout (prendre , ). C'est ce qui permet aux énoncés de dire « soit une variable de loi… » sans construire .
Image. Si est définie sur , est une variable discrète et (somme au plus dénombrable).
Fonction de répartition, queues. comme en 1re année. Pour une variable à valeurs dans , on travaille souvent avec : la suite décroît vers (continuité décroissante) et pour .
Couple. Si et sont discrètes, l'est aussi ( est au plus dénombrable). Sa loi conjointe est la famille ; les lois marginales s'en déduisent par la formule des probabilités totales (somme dénombrable) : . Loi conditionnelle de sachant (si ) : .
Indépendance de deux variables. Les variables et sont dites indépendantes lorsque, pour tous : . Il en résulte pour toutes parties (sommation par paquets), et l'indépendance de et .
Famille de variables. est mutuellement indépendante si pour toute partie finie et tous , . Les fonctions sont alors encore mutuellement indépendantes.
Lemme des coalitions. Hypothèses : discrètes, mutuellement indépendantes ; ; définie sur , définie sur . Conclusion : et sont indépendantes. Plus généralement, des fonctions de paquets disjoints de variables mutuellement indépendantes sont mutuellement indépendantes. Usage : et sont indépendantes ; et le sont (récurrence sur la loi de ). Le jury 2025 cite ce lemme parmi les outils attendus : le nommer quand on s'en sert.
Suites de variables indépendantes (admis). Pour toute suite de lois discrètes , il existe un espace probabilisé portant une suite de variables mutuellement indépendantes avec . C'est le cadre du jeu de Pile ou Face infini.
Loi d'une somme. Pour deux variables indépendantes , prenant leurs valeurs dans : Sans indépendance, on garde .
Les lois de Bernoulli et binomiale sont celles de 1re année (fiche §13). S'y ajoutent deux lois infinies.
| Loi | Situation type | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| une épreuve | ||||||
| succès en épreuves indépendantes | ||||||
| géométrique | rang du premier succès | , | ||||
| Poisson , | nombre d'événements rares | , |
Loi géométrique. Dans une suite d'épreuves de Bernoulli indépendantes de paramètre , le rang du premier succès vérifie , d'où , et = « échec aux premières épreuves », d'où . Le nombre d'échecs avant le premier succès, , est à valeurs dans : ce n'est pas . Toujours vérifier l'ensemble des valeurs que l'énoncé utilise.
Absence de mémoire. Hypothèses : à valeurs dans , pour tout . Conclusion : suit une loi géométrique exactement lorsque pour tous . (Sens réciproque : vérifie , donc , puis .)
Loi de Poisson et approximation binomiale. Hypothèses : pour tout , avec . Conclusion : pour tout , . (À fixé : , et car .)
Sommes. Si et sont indépendantes, (formule du binôme dans la convolution, ou produit des fonctions génératrices) ; de même et indépendantes donnent . Il n'y a pas de résultat de ce type pour deux géométriques.
Définition. Soit une variable réelle discrète.
Formule de transfert. Hypothèses : discrète, réelle définie sur . Conclusion : est d'espérance finie exactement lorsque la famille est sommable, et alors . Même énoncé pour un couple : .
Propriétés (pour des variables d'espérance finie).
Variables à valeurs dans : formule des queues. Pour à valeurs dans , (On écrit et on intervertit, famille positive.) Avec , on retrouve pour .
Exemples à connaître. (dérivée de la série géométrique) ; . Une variable de loi () n'est pas d'espérance finie : , série divergente.
Moments. admet un moment d'ordre () si est d'espérance finie ; . Un moment d'ordre entraîne les moments d'ordre inférieur : pour . En particulier, moment d'ordre 2 espérance finie ().
Cauchy-Schwarz. Lorsque et ont chacune un moment d'ordre 2, admet une espérance finie () et Les variables admettant un moment d'ordre 2 forment un espace vectoriel (noté dans certains cours).
Variance. Si admet un moment d'ordre 2 : (König-Huygens), , , et exactement lorsque est presque sûrement constante. Pour une variable à valeurs dans , on calcule souvent (moment factoriel), puis . Ainsi pour , d'où .
Pour admettant un moment d'ordre 2 :
Inégalité de Markov. Hypothèses : variable réelle discrète positive et d'espérance finie ; . Conclusion : . Preuve : en tout point de , puis croissance de l'espérance. On l'applique souvent à une fonction positive de : si est d'espérance finie, ; si et si admet une espérance finie, (§13).
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Hypothèses : admet un moment d'ordre 2 ; . Conclusion : . Preuve : Markov appliquée à la variable positive et au réel .
Ces bornes sont souvent grossières (et sans intérêt si le second membre dépasse ) ; elles servent à obtenir des seuils garantis et des limites.
Hypothèses : suite de variables réelles discrètes deux à deux indépendantes, de même loi, admettant un moment d'ordre 2 ; , ; . Conclusion : pour tout , Preuve : (linéarité) et (indépendance deux à deux), puis Bienaymé-Tchebychev. Interprétation : la fréquence d'un événement de probabilité dans épreuves indépendantes s'écarte de de plus de avec une probabilité au plus . La même preuve marche sans même loi ni indépendance, dès qu'on sait majorer par (exercice 7).
Définition. Pour à valeurs dans , la fonction génératrice de est C'est une série entière, dont le rayon vérifie ; elle converge normalement sur (car ), donc est continue sur , de classe sur , et .
La fonction génératrice caractérise la loi. : deux variables à valeurs dans ont la même loi exactement lorsque leurs fonctions génératrices coïncident sur un voisinage de (par exemple sur ) — unicité des coefficients d'une série entière. Pour identifier une loi, on calcule puis on la reconnaît dans le tableau du §8, ou on la développe en série entière.
Espérance et variance.
Somme de variables indépendantes. Hypothèses : et à valeurs dans , indépendantes. Conclusion : (au moins sur ). Preuve : et sont indépendantes (fonctions de et de ) et bornées pour , donc . Par récurrence et lemme des coalitions, pour des variables mutuellement indépendantes. On retrouve ainsi en une ligne : .
Somme d'un nombre aléatoire de termes. Si est à valeurs dans , si les () ont toutes la même loi, sur , et si sont mutuellement indépendantes, alors (avec si ) vérifie sur (probabilités totales avec le système , puis coalitions). Résultat classique à redémontrer à chaque fois (exercice 6).
Le rapport du jury 2025 cite la transformée de Laplace d'une variable discrète, que le sujet de 2025 définissait dans l'énoncé. À connaître comme outil, pas comme théorème de cours supposé appris.
Pour réelle discrète, on note l'ensemble des pour lesquels admet une espérance finie, et
Vérifier et (série géométrique, exponentielle, télescopage, décomposition en éléments simples), puis invoquer l'existence d'une variable de loi donnée (§6).
Les écrire comme fonctions de paquets disjoints de variables mutuellement indépendantes et citer le lemme des coalitions.
Markov (variable positive), Bienaymé-Tchebychev (moment d'ordre 2), ou majoration exponentielle via puis optimisation en (étude de fonction).