Algèbre · 2e année
Prérequis (rédigés en 1re année, à relire et non répétés ici). Groupes, sous-groupes et leur caractérisation, sous-groupes de et de (fiche « Structures algébriques », § Groupes, § Sous-groupes) ; groupe symétrique, signature (§ Permutations) ; morphismes de groupes, noyau, image, critère d'injectivité, transport de structure (§ Morphismes) ; première approche de l'ordre et de Lagrange dans le cas commutatif (§ Ordre) ; anneaux, inversibles, intégrité, sous-anneaux, corps (§ Anneaux, § Corps) ; aperçu des idéaux (§ Idéaux). Côté entiers : congruences, Bézout, Gauss, nombres premiers, décomposition, petit théorème de Fermat (fiche « Arithmétique dans Z », § Congruences, § Bézout, § Gauss, § Premiers, § Décomposition, § Fermat). Côté polynômes : division euclidienne, PGCD, Bézout et Gauss dans , irréductibles de et , factorisation (fiche « Polynômes », § Division, § Arithmétique, § Irréductibles, § Factorisation).
Dans toute la fiche, désigne ou ; les groupes sont notés multiplicativement (neutre ) sauf mention contraire ; les anneaux sont unitaires et, à partir du §8, commutatifs. Pour un groupe fini , son cardinal est aussi appelé son ordre (les deux mots se rencontrent dans les devoirs).
Théorème-définition. Soit un groupe et . En prenant l'intersection des sous-groupes de contenant , on obtient un sous-groupe : c'est le plus petit (pour l'inclusion) contenant . On le note : c'est le sous-groupe engendré par . Concrètement, et, pour , On dit que engendre (ou est une partie génératrice) lorsque .
Définition, image, noyau et critère d'injectivité sont acquis (1re année). Ce qui s'ajoute en 2e année :
Soit . Être congrus modulo définit une relation d'équivalence de (1re année). La classe de est ; est l'ensemble de ces classes.
Définitions. On dit que est monogène lorsqu'un seul élément suffit à l'engendrer : pour un certain . On le dit cyclique lorsqu'il est de plus fini. Un groupe monogène est commutatif ().
Théorème (classification). Hypothèse : est monogène. Conclusion : si est infini, ; si est fini de cardinal , , par , et (éléments deux à deux distincts). Idée : le morphisme est surjectif, de noyau . Si , il est injectif. Si , , ce qui rend bien défini et injectif sur ; donc .
Conséquences :
On dit que est d'ordre fini lorsqu'une puissance , , vaut ; l'ordre de , noté (ou ), est alors le plus petit tel . Sinon, est d'ordre infini et les sont deux à deux distincts.
Propriétés (à savoir redémontrer). On suppose .
Pour calculer un ordre : chercher les avec , puis garder le plus petit ; ou mieux, utiliser que divise (§6) et tester seulement les diviseurs. Exemple : dans (cardinal ), , , donc : engendre ce groupe, qui est cyclique.
Classes à gauche. On fixe un sous-groupe de . Pour , on pose . La relation est une relation d'équivalence dont les classes sont les ; deux classes sont égales ou disjointes, et est une bijection de sur .
Théorème de Lagrange. Hypothèses : est un groupe fini, un sous-groupe de . Conclusion : divise . Plus précisément, , où est le nombre de classes à gauche (l'indice de dans ).
Preuve : les classes à gauche forment une partition de en parties qui ont toutes éléments. En 1re année, on n'avait que le cas commutatif ; ici, aucune commutativité n'est supposée.
Corollaires. Soit fini de cardinal .
Définition, calculs, inversibles, intégrité, sous-anneaux : 1re année.
Morphisme d'anneaux. est un morphisme d'anneaux si, pour tous , , et . Le troisième point ne découle pas des deux autres ( vérifie les deux premiers).
Produit d'anneaux. , muni des lois composante par composante, est un anneau de neutre , et . Il n'est jamais intègre si et sont non nuls : .
Caractéristique (notion souvent définie dans l'énoncé en devoir). Le morphisme de dans a un noyau de la forme avec : est la caractéristique de . Elle vaut pour et pour . Si , c'est l'ordre de dans et pour tout ; si est intègre, ou est premier (si , alors ).
Dans toute la suite, est un anneau commutatif.
Définition. est un idéal de si est un sous-groupe de et si est absorbant : . Caractérisation pratique : et .
Propriétés.
Divisibilité et idéaux ( intègre). . On a si et seulement si et sont associés ( avec ). L'inclusion des idéaux renverse la divisibilité : « plus grand idéal = plus petit élément ».
Anneau principal. Un anneau intègre dont tous les idéaux sont principaux. Les deux exemples du programme : et (§9).
Vu en devoir, défini dans l'énoncé. Idéal premier ( et ou ) ; idéal maximal ( et aucun idéal strictement entre et ). Dans : pour , l'idéal est premier exactement lorsque l'entier l'est ; est intègre exactement lorsque est un idéal premier. Ces notions ne sont pas exigées sans définition.
Théorème (). Les idéaux de sont exactement les , , et est unique. (Ce sont les sous-groupes de , qui sont tous absorbants.) Donc est principal, et
Théorème (). Hypothèse : est un idéal de , . Conclusion : il existe un unique polynôme unitaire tel que ; c'est l'unique élément unitaire de de degré minimal. Donc est principal. Preuve : soit unitaire de degré minimal dans (on divise un élément de degré minimal par son coefficient dominant, ce qui reste dans ). On a . Si , la division avec donne , donc par minimalité. Unicité : deux générateurs unitaires se divisent mutuellement, donc sont égaux.
Exemples.
Multiplication. est bien défini (compatibilité de la congruence avec le produit). est un anneau commutatif, et est un morphisme d'anneaux surjectif de noyau .
Inversibles. Méthode pour l'inverse : écrire une relation de Bézout (algorithme d'Euclide remonté) ; alors . Exemple dans : , , d'où , et (contrôle : ).
Corps . Théorème : pour , les trois propriétés « est un corps », « est intègre », « est premier » sont équivalentes. (Si avec , alors avec .) Pour premier, on note aussi ce corps .
Indicatrice d'Euler. (nombre de générateurs de ).
Théorème d'Euler. Hypothèses : , , . Conclusion : . Preuve : Lagrange dans le groupe , de cardinal . Pour premier, on retrouve le petit théorème de Fermat. L'ordre de divise ; il peut être strictement plus petit ( est d'ordre dans alors que ).
Résultat classique (Wilson). Un entier est premier exactement lorsque . À savoir redémontrer (exercice 9).
Équations dans . : si , unique solution ; si , il y a des solutions si et seulement si , et alors exactement solutions (on divise par et on résout modulo ). Une équation du second degré se traite par mise sous forme canonique seulement dans un corps ( premier) et avec inversible.
Théorème chinois. Hypothèses : , . Conclusion : l'application , (classes de modulo , , ) est un isomorphisme d'anneaux. Preuve : est bien défini (si , alors et divisent ) et c'est un morphisme d'anneaux ; son noyau est réduit à car et donnent (, Gauss) ; injectif entre ensembles de même cardinal , il est bijectif.
Conséquences.
En 1re année, PGCD et Bézout venaient de l'algorithme d'Euclide (Polynômes § Arithmétique). En 2e année, on les définit par les idéaux, ce qui donne Bézout immédiatement. Soient .
Définition. Une -algèbre est un ensemble muni de deux lois internes , et d'une loi externe telles que : soit un espace vectoriel sur , un anneau (unitaire), et pour tous , . Elle est commutative si l'est ; sa dimension est celle de l'espace vectoriel.
Exemples. (commutative, dimension infinie) ; (dimension , non commutative pour ) ; muni de ; (fonctions de dans ) ; ; vu comme -algèbre de dimension .
Sous-algèbre. est une sous-algèbre si et si est stable par combinaison linéaire et par produit (c'est un sous-espace vectoriel et un sous-anneau). Exemples dans : matrices diagonales, triangulaires supérieures, , commutant (et ). Contre-exemples : les matrices symétriques (non stables par produit), les matrices de trace nulle (ne contiennent pas ).
Morphisme d'algèbres. Application à la fois linéaire et morphisme d'anneaux ( compris). Exemples :
Inverse dans une algèbre de dimension finie. Hypothèses : est une algèbre de dimension finie, est inversible. Conclusion : . Preuve : est linéaire de dans , injective (), donc surjective (dimension finie) ; on trouve avec , et . En pratique : si avec , alors où . De plus est inversible si et seulement si .
Algèbre et polynôme minimal. Si est de dimension finie et , est un idéal non nul (la famille est liée) ; son générateur unitaire vérifie , et est un corps exactement lorsque est irréductible (exercice 10). Exemple : a pour polynôme minimal , et est un corps isomorphe à .
Contient ; stable par ; stable par produit. Pour le commutant : .
Toujours vérifier qu'elle est bien définie : si , les images doivent coïncider. Exemple : (classe modulo ) a un sens si et seulement si .