Algèbre · 2e année
Prérequis (rédigés ailleurs, à relire et non répétés ici). Produit scalaire, norme et polarisation, orthogonalité, familles et bases orthonormées, Gram-Schmidt, supplémentaire orthogonal, projection orthogonale, symétries orthogonales et réflexions, distance à un sous-espace (fiche « Espaces préhilbertiens », § Produit scalaire, § Norme, § Orthogonalité, § Familles orthonormées, § Gram-Schmidt, § Bases orthonormées, § Supplémentaire orthogonal, § Projection, § Distance) ; éléments propres, polynôme caractéristique, diagonalisation, trigonalisation dans , polynômes d'endomorphismes (fiche « Réduction », § Éléments propres, § Polynôme caractéristique, § Annulateurs, § Diagonalisation, § Trigonalisation) ; déterminant d'une famille dans une base, d'un endomorphisme, d'une matrice (fiche « Déterminants », § Famille, § Endomorphisme, § Matrice) ; matrice d'une application linéaire, matrices de passage, changement de base, matrices semblables, trace, matrices par blocs (fiche « Matrices et applications linéaires », § Matrice d'une application, § Passage, § Changement de base, § Semblables, § Trace, § Blocs) ; sous-groupes et morphismes de groupes (Structures algébriques § Sous-groupes, § Morphismes).
Dans toute la fiche, est un espace euclidien de dimension (on écrit aussi ), de norme , et porte le produit scalaire canonique . Une matrice est lue comme l'endomorphisme de ; la base canonique y est orthonormée.
Théorème-définition. Hypothèses : euclidien, . Conclusion : il existe un unique tel que On l'appelle l'adjoint de .
Preuve. Pour fixé, est une forme linéaire : elle s'écrit pour un unique (représentation des formes linéaires, Préhilbertiens § 7). On pose ; l'unicité de donne la linéarité de . On peut aussi le construire par sa matrice (ci-dessous).
Matrice de l'adjoint. Si est une base orthonormée et , alors En effet le coefficient d'une matrice dans une base orthonormée vaut . Dans une base quelconque, de matrice de Gram (matrice du produit scalaire), la formule devient : la transposée ne suffit plus (exercice 3).
Règles de calcul (, , ) :
Noyau, image, sous-espaces stables. Preuve de la première : . La deuxième s'obtient en appliquant la première à et en passant à l'orthogonal. Un sous-espace stable par a son orthogonal stable par . (Pour et : .)
Deux familles remarquables. est autoadjoint (ou symétrique) si (§ 9) ; antisymétrique si . On a (Sens réciproque : développer .) Tout endomorphisme s'écrit d'une seule façon , symétrique plus antisymétrique. Un endomorphisme est une isométrie exactement lorsque (§ 2).
Statut dans les devoirs. Selon l'institut, l'adjoint est vu en cours ou défini dans l'énoncé (certains devoirs de contrôle du 2e semestre consacrent un exercice entier à sa construction). Dans tous les cas il faut savoir refaire : existence par la matrice en base orthonormée, règles de calcul, .
Définition. Un endomorphisme est une isométrie vectorielle (on dit aussi automorphisme orthogonal ou endomorphisme orthogonal) s'il conserve la norme : pour tout . L'ensemble des isométries de est noté .
Théorème (caractérisations). Pour , les propositions suivantes sont équivalentes :
Preuve des points clés. : polarisation, (Préhilbertiens § 2). : ; égalité pour tout si et seulement si . : si est orthonormée, .
Propriétés.
Symétries orthogonales. Pour une symétrie (), les trois propriétés « est une symétrie orthogonale » (), « est une isométrie » et « est autoadjointe » sont équivalentes. Attention : une projection orthogonale n'est jamais une isométrie (elle n'est pas injective). « Projecteur orthogonal » et « endomorphisme orthogonal » sont deux notions sans rapport.
Ne pas confondre avec « conserver l'orthogonalité » : envoie deux vecteurs orthogonaux sur deux vecteurs orthogonaux sans être une isométrie (c'est une similitude de rapport ).
Définition. est orthogonale si . Comme est alors inversible d'inverse , cela équivaut à et à . L'ensemble est noté (ou ).
Caractérisations. Les propositions suivantes sont équivalentes :
Le point 5 explique l'intérêt pratique : si et sont orthonormées et , alors et la formule de changement de base devient , sans calcul d'inverse. Deux matrices et sont dites orthogonalement semblables s'il existe telle que .
Vérifier qu'une matrice est orthogonale : contrôler que chaque colonne est de norme et que les colonnes sont deux à deux orthogonales ( produits scalaires au lieu des coefficients de ). Les coefficients d'une matrice orthogonale sont dans .
Exemple. : chaque colonne a pour norme et , etc. Donc ; comme est de plus symétrique, .
Le déterminant ne suffit pas : est nécessaire, pas suffisant ( a pour déterminant et n'est pas orthogonale).
Structure de groupe.
Orientation. Deux bases , de ont la même orientation si . Orienter , c'est choisir une base de référence ; les bases de même orientation qu'elle sont dites directes, les autres indirectes. Entre deux bases orthonormées directes, la matrice de passage est dans . Dans , l'orientation usuelle est celle de la base canonique. Échanger deux vecteurs, ou changer un vecteur en son opposé, change l'orientation.
On suppose ici euclidien orienté de dimension 3.
Produit mixte. Pour , le réel est le même pour toutes les bases orthonormées directes (la matrice de passage entre deux telles bases est de déterminant ) : on le note (ou ). Il est trilinéaire, alterné, et non nul si et seulement si est une base ; il est exactement quand cette base est directe.
Produit vectoriel. Pour fixés, est linéaire : il existe un unique vecteur, noté , tel que Dans une base orthonormée directe, si et :
Propriétés.
Théorème (classification de ). Pour , on pose
Preuve. Les colonnes , sont unitaires et orthogonales : et (seuls vecteurs unitaires orthogonaux au premier) ; le signe est celui du déterminant.
Règles de calcul : (donc est commutatif et ) ; Lien avec les complexes : en identifiant à , agit par et par (Nombres complexes § Module).
Rotations d'un plan euclidien orienté. Soit de dimension , orienté, et . Sa matrice est la même dans toutes les bases orthonormées directes (car est commutatif) : (défini modulo ) est l'angle de , on note . Dans une base orthonormée indirecte, la matrice devient . Pour tout unitaire :
Isométries négatives du plan. est une réflexion : représente la réflexion d'axe la droite dirigée par (vérifier : ce vecteur est fixe, et est changé en son opposé).
Conséquences. pour = rotations réflexions. Le produit de deux réflexions est une rotation ; toute rotation est le produit de deux réflexions, dont la première peut être choisie librement.
Soit euclidien orienté de dimension et . Le polynôme , de degré , a une racine réelle, égale à ; ses autres racines sont de module (réelles ou conjuguées).
Rotations (, ). est valeur propre et est une droite, l'axe. On choisit unitaire sur (cela oriente l'axe), puis on complète en une base orthonormée directe avec . Comme est stable (§ 2) et y induit une rotation : On dit que est la rotation d'axe orienté par , d'angle . Changer en change en .
Formules à connaître.
Isométries négatives (). est valeur propre ; avec unitaire tel que , la matrice dans une base orthonormée directe est est la composée (commutative) de la rotation d'axe et d'angle et de la réflexion de plan . Cas particuliers : , réflexion () ; , . En général , et est une rotation.
Tableau d'identification (selon et ) :
| Nature | ||
|---|---|---|
| rotation d'angle (retournement si de plus est symétrique) | ||
| réflexion par rapport au plan | ||
| rotation suivie d'une réflexion de plan orthogonal à l'axe ( si ) |
Composée de deux réflexions. Si et sont les réflexions de plans et ( non colinéaires), est la rotation d'axe et d'angle double de l'angle entre les plans, au signe près (exercice 5 pour le signe).
Lemme. Tout endomorphisme d'un -espace de dimension finie admet une droite ou un plan stable. (Une valeur propre réelle donne une droite ; sinon, pour valeur propre non réelle de la matrice et vecteur propre, et : est un plan stable.)
Théorème. Hypothèse : . Conclusion : on peut trouver une base orthonormée de où Version matricielle : toute est orthogonalement semblable à une telle matrice diagonale par blocs.
Preuve (récurrence sur ) : prendre une droite ou un plan stable (lemme), utiliser que est stable et que les induits sont des isométries ; en dimension , ; en dimension , § 6 (une réflexion se diagonalise en ).
Conséquences : ; ; est positive exactement lorsque est pair (on regroupe alors les par paires en blocs ). Une isométrie n'est diagonalisable sur que si , c'est-à-dire si c'est une symétrie orthogonale.
Définition. est autoadjoint, ou symétrique, si , c'est-à-dire On note leur ensemble (dans les devoirs tunisiens, « endomorphisme symétrique » est le terme le plus courant).
Lien avec les matrices. sa matrice dans une (ou toute) base orthonormée est symétrique. Ainsi est un sous-espace de de dimension , isomorphe à . Dans une base non orthonormée, une matrice non symétrique peut représenter un endomorphisme symétrique (exercice 3).
Exemples.
Propriétés spectrales (lemmes du théorème spectral). Soit .
Théorème spectral. Hypothèses : euclidien, . Conclusion : est diagonalisable dans une base orthonormée : il existe une base orthonormée de formée de vecteurs propres de , et
Preuve. Soit la somme (directe) des sous-espaces propres. Elle est stable par , donc aussi. Si , l'induit sur est symétrique et a une valeur propre réelle (lemme 1) : un vecteur propre serait dans , absurde. Donc . On choisit une base orthonormée dans chaque ; leur réunion est orthonormée par le lemme 2.
Version matricielle. Hypothèse : . Conclusion : il existe et diagonale réelle telles que Les colonnes de sont des vecteurs propres unitaires et deux à deux orthogonaux, rangés dans l'ordre des coefficients de . On peut imposer (changer une colonne en son opposée).
Réciproque. Si est diagonalisable dans une base orthonormée, alors est symétrique (sa matrice y est symétrique). D'où : Une matrice réelle diagonalisable n'est pas forcément symétrique : a deux valeurs propres distinctes, mais ses droites propres et ne sont pas orthogonales.
Le résultat est propre au cas réel. Une matrice complexe symétrique n'est pas toujours diagonalisable : a pour polynôme caractéristique sans être égale à .
Décomposition spectrale. Si sont les valeurs propres distinctes et la projection orthogonale sur : Matriciellement, avec de colonnes : (somme de matrices de rang ).
Diagonaliser en base orthonormée, en pratique.
Codiagonalisation. Deux matrices symétriques réelles et commutent si et seulement s'il existe telle que et soient toutes deux diagonales (chaque sous-espace propre de est stable par , qui y induit un endomorphisme symétrique).
Définitions. est positif si pour tout , défini positif si pour tout . Pour les matrices : est positive si pour tout , définie positive si pour tout . Notations : , , , . La symétrie fait partie de la définition.
Théorème (caractérisation spectrale). Soit . Preuve. Si , , alors . On écrit ; avec , et si tous les et (car alors ). Le jury 2025 a relevé des confusions entre les deux sens de cette équivalence : écrire chaque sens séparément, en disant ce que l'on suppose et ce que l'on montre.
Conséquences.
Matrices . Pour :
Racine carrée. Hypothèse : . Conclusion : il existe une unique telle que . Existence : , . Unicité (schéma) : commute avec , donc laisse stable chaque ; l'induit est symétrique positif de carré , donc ses valeurs propres valent et il est égal à . Conséquence : toute s'écrit (prendre ).
Décomposition polaire (souvent proposée en problème) : toute s'écrit de façon unique avec et : est la racine carrée de et (on vérifie ).
Hypothèses : , de plus petite valeur propre et de plus grande valeur propre . Conclusion : pour tout , avec égalité à droite si et seulement si (à gauche : ). Ainsi le quotient de Rayleigh () a pour minimum et pour maximum , atteints exactement en des vecteurs propres ; de même et de sur la sphère unité . Preuve : dans une base orthonormée de vecteurs propres, et .
Usages : pour symétriques ; pour toute , est la plus grande valeur propre de (thème des devoirs sur la norme subordonnée et le conditionnement, et du concours 2026).
Une expression s'écrit avec symétrique (le coefficient de est partagé en deux). Avec et le changement de variables orthonormé : On lit alors le signe de (positive, définie positive, ni l'un ni l'autre) et ses extremums sur la sphère unité. Exemple : correspond à , de valeurs propres et : , définie positive, et quand . La théorie générale des formes quadratiques n'est pas exigée : on travaille avec .
Hypothèses : , , . Conclusion : admet un minimum global atteint en un seul point , et . Preuve (sans calcul différentiel) : , et le premier terme est si . Sur un sous-espace , minimiser revient à minimiser pour le produit scalaire : le minimum est atteint en la projection orthogonale de sur pour ce produit scalaire (exercice 9). C'est exactement le type de question où le jury 2025 a vu des candidats incapables de reconnaître une distance.
Hypothèses : , . Conclusion : il existe telle que et soit diagonale. (Appliquer le théorème spectral dans muni de à l'endomorphisme , qui y est autoadjoint ; exercice 10.)
Formule appliquée aux vecteurs de base ; matriciellement où est la matrice de ( unitaire). Ou bien avec la matrice d'une base orthonormée directe .
Établir (intégration par parties pour un produit intégral ; propriétés de la trace pour ) ; ou montrer que sa matrice dans une base orthonormée est symétrique.
Valeurs propres extrêmes de ; le maximum est atteint exactement sur les vecteurs unitaires de . Ne pas oublier le coefficient des termes rectangles quand on passe de à .