Analyse · 1re année
Ce qui change depuis octobre. Au chapitre « Primitives », l'intégrale d'une fonction continue était utilisée comme au lycée : existence des primitives, , linéarité, positivité étaient admises (fiche « Primitives » §2). Ici on construit l'intégrale, on l'étend aux fonctions continues par morceaux, et on démontre ce qui avait été admis. Les techniques de calcul (primitives usuelles, intégration par parties, changement de variable, fractions rationnelles, règles trigonométriques) ne sont pas reprises : voir la fiche « Primitives » §3 à §10.
Prérequis. Borne supérieure (fiche « Nombres réels » §6) ; fonctions continues sur un segment, bornes atteintes, continuité uniforme et théorème de Heine (fiche « Limites et continuité » §9 et §10) ; accroissements finis et Taylor-Lagrange (fiche « Dérivabilité » §6 et §11) ; équivalents et développements limités (fiche « Analyse asymptotique ») ; suites (fiche « Suites numériques »).
Dans toute la fiche, sont deux réels et est un segment (intervalle fermé borné). Sauf mention contraire, les fonctions sont à valeurs réelles ; le §8 traite les fonctions à valeurs complexes.
Subdivision. Une subdivision de est une famille finie avec . Son pas est . La subdivision régulière d'ordre est (), de pas . Une subdivision est plus fine que si elle contient tous les points de ; la réunion de deux subdivisions (points rangés dans l'ordre croissant) est plus fine que chacune d'elles.
Fonction en escalier. est dite en escalier lorsqu'on dispose d'une subdivision et des réels tels que vaut la constante sur l'intervalle ouvert pour chaque . Une telle subdivision est dite adaptée (ou subordonnée) à ; toute subdivision plus fine l'est encore. Les valeurs aux points de la subdivision sont quelconques.
Définition. Avec les notations du §1, Ce nombre ne dépend pas de la subdivision adaptée choisie : ajouter un point coupe un rectangle en deux rectangles de même hauteur, sans changer la somme ; deux subdivisions adaptées ont une réunion commune plus fine. Il ne dépend pas des valeurs aux points . C'est une aire algébrique : les rectangles situés sous l'axe comptent négativement.
Propriétés ( en escalier, , ) :
Définition. Une fonction définie sur , à valeurs réelles, est dite continue par morceaux lorsqu'on peut trouver une subdivision telle que, pour chaque : (i) la restriction de à est continue ; (ii) cette restriction possède en une limite finie par la droite et en une limite finie par la gauche (autrement dit, on peut la prolonger par continuité aux deux bouts de ).
Sur un intervalle quelconque , « continue par morceaux » signifie : continue par morceaux sur tout segment inclus dans .
Approximation par des fonctions en escalier. Hypothèses : continue par morceaux sur ; . Conclusion : il existe et en escalier telles que et sur .
Idée de la preuve pour continue : par le théorème de Heine, est uniformément continue ; on choisit tel que , puis une subdivision de pas ; sur chaque morceau on prend pour le minimum et pour le maximum de (bornes atteintes). Pour continue par morceaux, on fait de même sur chaque morceau prolongé, en traitant à part les valeurs aux points de la subdivision.
Soit continue par morceaux sur (donc bornée, ). On pose Les deux ensembles sont non vides (constantes et ) ; le premier est majoré par , le second minoré par : borne supérieure et borne inférieure existent. Par croissance (§2), .
Théorème (intégrabilité). Pour continue par morceaux, . Ce nombre est l'intégrale de sur : Preuve : pour , l'approximation du §3 donne avec , d'où ; on fait tendre vers .
Pour continues par morceaux sur et :
| Propriété | Énoncé | Remarque |
|---|---|---|
| Linéarité | encadrer et par des fonctions en escalier | |
| Positivité | sur | bornes dans l'ordre |
| Croissance | sur | idem |
| Chasles | toutes positions de dans l'intervalle | |
| Valeur absolue | de | |
| Modification finie | changer en un nombre fini de points ne change pas | la différence est en escalier, d'intégrale nulle |
Avec des bornes dans le désordre (), l'inégalité se renverse : donne . Pour éviter l'erreur, toujours remettre les bornes dans l'ordre avant d'intégrer une inégalité, ou écrire .
Fonction continue, positive, d'intégrale nulle. Hypothèses : (i) continue sur ; (ii) sur ; (iii) . Conclusion : est nulle sur . Preuve : si , la continuité donne un segment de longueur sur lequel ; alors . Les trois hypothèses servent : la fonction en escalier nulle sauf en un point est positive, d'intégrale nulle, non nulle ; pour une fonction qui change de signe. Forme utile : si est continue, positive et non identiquement nulle, alors (inégalité stricte).
Encadrement par les bornes. Si sur , alors .
Inégalité de la moyenne (c'est le nom donné dans les cours tunisiens). Pour continues par morceaux :
Valeur moyenne. est la valeur moyenne de sur .
Formule de la moyenne. Hypothèses : continue sur . Conclusion : il existe tel que . Preuve : atteint son minimum et son maximum ; ; le théorème des valeurs intermédiaires donne . (On peut même prendre : appliquer les accroissements finis à .) Faux pour une fonction seulement continue par morceaux : la fonction valant sur et sur a pour moyenne , valeur jamais prise.
Formule de la moyenne généralisée. Si est continue et continue par morceaux, positive, il existe tel que (même preuve, à partir de ).
Inégalité de Cauchy-Schwarz (présente dans certains cours MP1, au moins comme exercice classique). Hypothèses : continues par morceaux sur . Conclusion : Preuve : pour tout réel , . Si , ce polynôme du second degré garde un signe constant, donc il a un discriminant ; si , est affine et positif sur , donc constant : . Cas d'égalité pour continues : et sont proportionnelles (on utilise le §5 : entraîne ). Application type : (prendre ).
Théorème fondamental (désormais démontré). Hypothèses : continue sur un intervalle ; . Conclusion : la fonction est dérivable sur , de dérivée (donc de classe ) : c'est l'unique primitive de qui s'annule en . Par conséquent, pour toute primitive de sur et tous , .
Preuve. Soit et avec . Par Chasles, Soit ; par continuité en , il existe tel que . Pour , l'inégalité de la moyenne majore le membre de droite par en valeur absolue. Donc .
Ce que la preuve établit au passage.
Conséquence : intégrer une dérivée. Pour , alors , d'où, si , l'inégalité (on retrouve l'inégalité des accroissements finis pour une fonction ).
Pour continue par morceaux (c'est-à-dire et continues par morceaux), on pose
La formule de dérivation est connue depuis octobre (fiche « Primitives » §2) : pour continue sur et dérivables à valeurs dans , est dérivable et . Elle repose sur le théorème fondamental (). Ce chapitre ajoute l'étude complète de telles fonctions, sujet très fréquent en devoir de synthèse.
Plan d'étude de .
Résultats à savoir redémontrer.
Formule de Taylor avec reste intégral. Hypothèses : est un intervalle, et en sont deux points, et . Conclusion : Le dernier terme est le reste intégral .
Preuve par récurrence sur . Pour : (théorème fondamental). Hérédité : si est , une intégration par parties dans , en intégrant en et en dérivant , donne .
Conséquences.
Exemples.
Soit continue par morceaux sur , et . Les sommes de Riemann (méthode des rectangles) sont
Théorème. Hypothèses : continue (ou continue par morceaux) sur . Conclusion : et .
Preuve pour continue : par Chasles, . Heine donne, pour , un rang au-delà duquel , donc sur chaque morceau, et l'écart est .
Vitesse pour une fonction . Si est de classe et sur (ou plus généralement -lipschitzienne), (sur chaque morceau, , et ). Pour de classe , on a même (exercice 9).
Méthode des trapèzes (complément). remplace chaque rectangle par un trapèze ; pour de classe , l'erreur est d'ordre .
Usage principal en devoir : limite d'une suite définie par une somme.
Exemples : ; .
Pour , les questions types et leurs outils :
| Question | Outil |
|---|---|
| signe de | positivité ( sur , ) |
| monotonie | croissance de l'intégrale : comparer et sur (ex. sur ) |
| relation de récurrence | intégration par parties (fiche « Primitives » §5) |
| limite | encadrement : majorer par une fonction d'intégrale connue qui tend vers |
| équivalent | relation de récurrence + monotonie, ou découpage |
Deux résultats classiques.
Intégrales de Wallis. (changement ).
Repérer les points de discontinuité, découper par Chasles, intégrer chaque morceau (constante, ou fonction continue prolongée) ; les valeurs aux points de coupure ne comptent pas. Pour : résoudre pour trouver les paliers.
Encadrer l'intégrande sur le segment (, inégalités de convexité , , pour , sur ), puis intégrer avec les bornes dans l'ordre. Pour une inégalité stricte : continuité et non-nullité de la différence (§5).
Majorer par une quantité qui tend vers indépendamment de , ou couper le segment en deux morceaux (un petit morceau où l'on majore grossièrement, un grand où l'intégrande est petite). Ne jamais « passer à la limite sous le signe » sans justification : ce n'est pas au programme de 1re année.
Chercher un facteur et des termes en ; factoriser au dénominateur la plus grande puissance de . Exemple : . Si les termes sont en ou si l'indice va jusqu'à , adapter le segment.
Écrire la formule à l'ordre voulu, majorer ou minorer le reste (signe de , majoration de , calcul de ), puis conclure par une inégalité ou une limite.
Valeurs initiales, signe, monotonie, limite par encadrement, récurrence par parties, puis éventuellement équivalent. La relation de récurrence permet souvent de transformer une limite d'intégrale en limite de suite connue.