Analyse · 1re année
Prérequis. Suites numériques (définition de la limite, suites extraites, théorème de Bolzano-Weierstrass, caractérisation de la borne supérieure par une suite), borne supérieure, partie entière , densité de dans , fonctions usuelles (exp, ln, puissances, circulaires et leurs réciproques, ch, sh, th).
Dans toute la fiche, est un intervalle de qui contient au moins deux points, , et désigne un point de ou une extrémité de (éventuellement ). On dit qu'une propriété est vraie au voisinage de (notée « au » dans beaucoup de cours) si elle est vraie sur pour un certain (sur pour un certain réel lorsque ).
| Situation | Définition (quantificateurs dans cet ordre) |
|---|---|
| , et réels | |
| , réel | |
Les autres cas ( au départ ou à l'arrivée) s'écrivent de la même façon. Le réel dépend de ; échanger « » et « » change complètement le sens.
Convention à connaître. Dans la définition ci-dessus, parcourt tout . Si appartient à et si a une limite en , cette limite vaut donc forcément . Pour regarder ce qui se passe autour de en ignorant la valeur , on utilise la limite épointée : (même définition avec ). Certains cours tunisiens n'utilisent que la limite épointée ; lire l'énoncé avec attention.
Propriétés immédiates.
Pour intérieur à : est la limite en de la restriction de à ; celle de la restriction à . On écrit aussi .
Critère. (définie en ) a une limite en si et seulement si Si n'est pas définie en , la limite en existe si et seulement si les limites à gauche et à droite existent et sont égales.
Exemple : en tout entier , et : la partie entière n'a pas de limite en .
Théorème. Hypothèses : , point ou extrémité de , . Conclusion : si et seulement si, pour toute suite d'éléments de qui tend vers , la suite tend vers .
C'est le pont avec le chapitre « Suites » : tout ce qui y a été démontré (opérations, inégalités) passe aux fonctions.
Usage 1 : prouver qu'une limite n'existe pas. Il suffit d'exhiber deux suites et de , de limite , telles que et aient des limites différentes (ou qu'une seule suite diverge). Exemple : en , avec (image ) et (image ).
Usage 2 : limite d'une suite . Si et , alors . C'est ce qui justifie le passage à la limite dans une suite récurrente.
Les règles sont celles des suites : somme, produit, quotient (si la limite du dénominateur est non nulle), avec les formes indéterminées , , , , , , (les trois dernières via ). Une fonction bornée au voisinage de multipliée par une fonction de limite nulle en tend vers : .
Composition. Hypothèses : , , ( point ou extrémité de ), . Conclusion : .
Limites de référence (vues avec les fonctions usuelles) : Croissances comparées () : et en ; en .
Techniques (sans développement limité, qui vient au chapitre 9) : factoriser le terme dominant ; quantité conjuguée ; changement de variable (, ) pour se ramener à une limite de référence ; passage au logarithme ; encadrement avec : .
Passage à la limite. Hypothèses : au voisinage de ; et ont des limites finies en . Conclusion : . Une inégalité stricte devient large.
Théorème d'encadrement (des gendarmes). Hypothèses : au voisinage de ; . Conclusion : a une limite en , égale à .
Minoration vers . Si au voisinage de et , alors .
Hypothèses : croissante sur (). Conclusion :
Énoncé symétrique pour une fonction décroissante. Une fonction monotone n'a donc que des discontinuités « par saut ». Ce théorème repose sur la borne supérieure, exactement comme celui des suites.
Définition. Pour : est continue en si , c'est-à-dire Continue à droite (resp. à gauche) en : (resp. ). Pour intérieur à : continue en continue à gauche et à droite en . La fonction est dite continue sur lorsqu'elle l'est en chaque point de ; on note l'ensemble de ces fonctions.
Caractérisation séquentielle. est continue en pour toute suite de qui converge vers , .
Opérations. Sommes, produits, combinaisons linéaires, quotients (dénominateur non nul en ) de fonctions continues en sont continues en . Composée : la continuité de au point et celle de au point entraînent celle de au point . Si et sont continues, , et le sont. Les fonctions usuelles sont continues sur leur ensemble de définition ; est continue en tout point de , seulement continue à droite en tout entier.
Prolongement par continuité. Soit définie sur avec . Si finie, la fonction égale à sur et à en est continue en ; on l'appelle prolongement par continuité de au point (il est unique). Exemple : se prolonge en par la valeur ; ne se prolonge pas.
Fonctions lipschitziennes. est -lipschitzienne sur () si pour tous . Une fonction lipschitzienne est continue (prendre si ). Exemples : , , (avec ). Le lien avec la dérivée () sera établi au chapitre « Dérivabilité ».
Signe au voisinage. Une fonction continue en avec reste strictement positive au voisinage de .
Théorème des valeurs intermédiaires (TVI). Hypothèses : continue sur un intervalle ; . Conclusion : chaque réel situé entre et possède au moins un antécédent entre et .
Forme pratique. Si est continue sur et , alors s'annule au moins une fois sur . Avec la stricte monotonie en plus, le zéro est unique.
Forme globale. Une fonction continue transforme tout intervalle en un intervalle. Mais n'est pas toujours l'intervalle d'extrémités et (penser à sur ).
Idée de preuve (dichotomie). Si , on coupe en deux et on garde la moitié où change de signe ; on obtient deux suites adjacentes , avec et . Leur limite commune vérifie et par continuité. La même méthode localise un zéro à près.
Conséquences classiques.
Théorème des bornes atteintes. Hypothèses : continue sur un segment (fermé et borné). Conclusion : est bornée et atteint ses bornes : il existe avec et .
Avec le TVI : où et . Une fonction continue envoie un segment sur un segment.
Idée de preuve. Si n'était pas majorée, on aurait avec ; Bolzano-Weierstrass donne une suite extraite , et la continuité impose : contradiction. Pour atteindre la borne supérieure , on prend et on extrait de même.
Les deux hypothèses comptent. Sur , est continue mais non bornée ; sur , est bornée mais n'atteint pas sa borne supérieure . Sans continuité, sur le segment : prend toutes les valeurs de mais vaut en ; sa borne supérieure n'est pas atteinte.
Méthode « on se ramène à un segment ». Pour une fonction continue sur ou ayant des limites aux bornes (finies ou infinies), on choisit un segment assez grand hors duquel est contrôlée par ses limites, puis on applique le théorème sur ce segment.
Présente dans le cours de MP1 de plusieurs instituts (théorème de Heine), absente d'autres résumés : à connaître en MP1, elle sera reprise en 2e année.
Définition. La fonction est uniformément continue sur lorsque Différence avec la continuité sur : ici ne dépend que de , pas du point. L'ordre est au lieu de .
Implications. Lipschitzienne uniformément continue continue. Aucune réciproque n'est vraie : est uniformément continue sur (car ) sans être lipschitzienne ; est continue sur sans être uniformément continue.
Critère séquentiel de non-uniformité. S'il existe deux suites , de avec mais , alors n'est pas uniformément continue sur . Exemples : sur avec , ; sur avec , .
Théorème de Heine. Hypothèses : continue sur un segment . Conclusion : est uniformément continue sur . Preuve par l'absurde avec Bolzano-Weierstrass (même schéma que pour les bornes atteintes). Sur un intervalle qui n'est pas un segment, la conclusion peut tomber ( sur ).
Lemme. Une fonction strictement monotone sur est injective.
Théorème de la bijection. Hypothèses : continue et strictement monotone sur un intervalle . Conclusion :
Exemple : strictement croissante et continue sur avec et donne .
Réciproque partielle. Une fonction continue et injective sur un intervalle est strictement monotone. (Hors d'un intervalle, ou sans continuité, c'est faux : sur ; sur et sur .)
Graphe. Dans un repère orthonormé, le graphe de est le symétrique de celui de par rapport à la droite .
Utilisation type. « prouver que est une bijection de vers un intervalle à déterminer » : continuité, stricte monotonie (signe de , ou opérations sur des fonctions monotones), limites aux bornes, conclusion. Exemples déjà vus : , , (réciproques de restrictions de , , ) ; , , réciproque de . Pour obtenir une formule de , on résout d'inconnue pour .
Pour , les définitions de limite et de continuité s'écrivent avec le module : . Restent vrais : unicité de la limite, caractérisation séquentielle, opérations, prolongement par continuité, bornes atteintes pour , théorème de Heine. N'ont pas de sens dans : limite , monotonie, limite monotone, gendarmes, TVI, théorème de la bijection. Exemple : est continue sur , vaut aux deux bouts et ne s'annule jamais (pas de « valeurs intermédiaires » pour les complexes).
Deux suites tendant vers dont les images ont des limites distinctes ; ou limites à gauche et à droite différentes.
TVI sur un intervalle bien choisi (ou limites aux bornes), puis stricte monotonie pour l'unicité. Écrire explicitement : « est continue sur l'intervalle , , donc… ».
Se ramener à un segment grâce aux limites aux bornes (section 9).
Deux suites avec minoré par une constante .