Algèbre · 1re année
Prérequis. Calcul matriciel : produit, inverse, pivot de Gauss, trace (fiche « Calcul matriciel », § Opérations, § Trace, § Calcul de l'inverse) ; bases, dimension, rang d'une famille, applications linéaires, noyau, image, théorème du rang, projecteurs (fiche « Espaces vectoriels », § Familles, § Rang d'une famille, § Noyau et image, § Théorème du rang, § Projecteurs). Ces résultats ne sont pas redémontrés ici.
Dans toute la fiche, désigne ou ; , , sont des -espaces vectoriels de dimension finie, avec , . Les bases sont des familles ordonnées : changer l'ordre des vecteurs change la matrice.
Soit une base de . Tout s'écrit d'une seule façon .
L'application est un isomorphisme de sur : elle respecte les sommes et les produits par un scalaire. C'est ce qui permet de « calculer sur des colonnes » à la place des vecteurs.
Exemples. Dans muni de , la matrice de est . Dans la base , le même s'écrit , donc sa matrice est : un vecteur n'a pas une matrice, il en a une par base. Dans muni de la base canonique, la matrice de est simplement la colonne de ses composantes.
Rang d'une famille. Le rang de est le rang de sa matrice dans n'importe quelle base (§ 9). Une famille de vecteurs de () est une base si et seulement si sa matrice, carrée, est inversible.
Définition. Soient une base de , une base de et . On appelle matrice de dans les bases (au départ) et (à l'arrivée) la matrice de la famille dans la base : Elle a autant de colonnes que (l'espace de départ) et autant de lignes que (l'espace d'arrivée). Pour lire la colonne , on se pose une seule question : « quelles sont les coordonnées de dans ? ».
Pour un endomorphisme , on prend en général la même base au départ et à l'arrivée et l'on écrit , matrice carrée d'ordre .
Exemples à savoir refaire.
Application canoniquement associée. Pour , l'application de (ou de ) dans (ou ) est linéaire, et sa matrice dans les bases canoniques est elle-même. On parle de l'application linéaire canoniquement associée à ; sa colonne est l'image du -ième vecteur canonique.
Théorème (dictionnaire). Hypothèses : base de (), base de (). Conclusion : est un isomorphisme d'espaces vectoriels de sur . En particulier , deux applications qui ont la même matrice dans les mêmes bases sont égales, toute matrice de est la matrice d'une (unique) application linéaire, et . (C'est la traduction de « une application linéaire est déterminée par l'image d'une base ».)
Théorème. Hypothèses : ; de matrice . Conclusion : la matrice de dans est .
En effet . Toute la suite repose sur cette ligne.
Conséquences.
Exemple. Avec ci-dessus et , de matrice , le produit donne , c'est-à-dire .
Théorème (composition). Hypothèses : , , bases de , , ; , . Conclusion : .
La base « du milieu » doit être la même des deux côtés (arrivée de , départ de ). L'ordre des facteurs suit l'ordre d'écriture de : on applique d'abord , mais sa matrice est écrite à droite. C'est la raison d'être de la définition du produit matriciel « ligne par colonne ».
Conséquences pour un endomorphisme () :
Ainsi est un isomorphisme d'anneaux de sur : tout ce qu'on sait sur l'un se transporte à l'autre.
Théorème (inverse). Hypothèses : , , . Conclusion : est bijective exactement lorsque est inversible, et alors .
Le théorème « » enfin démontré. Soient avec , et , les endomorphismes de canoniquement associés. Alors , donc est surjective ; en dimension finie, un endomorphisme surjectif est bijectif (théorème du rang). Ainsi est inversible et , d'où . Le calcul matriciel l'avait admis (Calcul matriciel § 9).
Corollaire. est inversible ses colonnes forment une base de n'a que la solution .
Pour , on note (comme dans les sujets tunisiens) Ce sont le noyau et l'image de l'application canoniquement associée.
Méthode : trouver et à partir de .
Exemple. : et , donc . Le noyau est , de dimension . Les colonnes , ne sont pas colinéaires : , d'équation .
Définition. On fixe dans une base , dite ancienne, et une base , dite nouvelle. La matrice de passage (de l'ancienne vers la nouvelle), notée (ou , ou ), est la matrice de la nouvelle famille dans l'ancienne base : sa colonne contient les coordonnées de dans .
Moyen mnémotechnique : on écrit les nouveaux vecteurs en colonnes, en fonction des anciens.
Propriétés.
Exemple. Dans muni de la base canonique , soit . Alors , et le pivot donne . La colonne 1 de dit que en notant les vecteurs de : on vérifie .
Coordonnées d'un vecteur. Hypothèses : ; , . Conclusion : , donc .
La formule donne les anciennes coordonnées en fonction des nouvelles (c'est le « sens inverse » qui piège). Avec l'exemple du § 6, le vecteur a pour coordonnées dans ; contrôle : .
Application linéaire. Hypothèses : ; bases de , ; bases de , ; , . Conclusion : .
Endomorphisme (cas le plus fréquent). Hypothèses : , , , . Conclusion : , c'est-à-dire .
Preuve en une ligne : et la formule de composition, avec vue de vers (matrice ) à droite et de vers (matrice ) à gauche.
Conseil de copie. On n'est presque jamais obligé de calculer : il est plus court de calculer et de l'exprimer dans , colonne par colonne. Le produit (ou mieux, l'égalité , qui évite l'inverse) sert de vérification.
Application aux puissances. Si , alors pour tout (et pour si est inversible). On choisit pour que soit diagonale, ou de la forme avec nilpotente.
Matrices équivalentes. sont équivalentes s'il existe et telles que . Ce sont exactement les matrices d'une même application linéaire dans des couples de bases (éventuellement différents au départ et à l'arrivée).
Matrices semblables. sont semblables s'il existe telle que (les énoncés écrivent aussi , c'est la même chose avec à la place de ). Ce sont exactement les matrices d'un même endomorphisme dans deux bases, la même base au départ et à l'arrivée.
Ces deux relations sont des relations d'équivalence (réflexives, symétriques, transitives) : question classique de début de problème. Semblables équivalentes ; la réciproque est fausse (voir ci-dessous).
Invariants de similitude : si , alors
Ces conditions sont nécessaires, pas suffisantes. Pour prouver que et sont semblables, on construit une base dans laquelle l'endomorphisme associé à a pour matrice . Pour prouver qu'elles ne le sont pas, on exhibe un invariant qui diffère.
Exemples.
Définition. Le rang de est le rang de la famille de ses colonnes dans : . Certains cours le présentent comme « le nombre maximal de colonnes linéairement indépendantes » : c'est la même chose.
Lien avec les applications linéaires. Si , alors . Si est la matrice d'une famille dans une base, . Le rang ne dépend donc ni de la base, ni de la façon de le calculer.
Propriétés.
Théorème (forme normale). Hypothèse : , . Conclusion : est équivalente à . Idée : on prend une base de formée de vecteurs d'un supplémentaire de suivis d'une base de ; les images des premiers forment une base de , que l'on complète en une base de (rédaction complète : exercice 9).
Conséquences.
Ce qui ne change pas le rang :
Pour le rang seulement, on a le droit de mélanger opérations sur les lignes et sur les colonnes (le rang est invariant des deux côtés). Ce n'est pas le cas pour calculer un inverse, un noyau ou une image, où l'on garde un seul type d'opérations.
Méthode.
Avec un paramètre. Ne jamais diviser par une expression qui peut s'annuler sans avoir mis à part les valeurs qui l'annulent ; conclure par une discussion complète (« si , ; si , »).
Exemple. : et donnent les lignes et , puis annule la troisième. Deux pivots : .
Rappels (Calcul matriciel § 7) : la trace est linéaire sur et pour , .
Théorème et définition. Deux matrices semblables ont la même trace. Par conséquent, pour , la trace de ne dépend pas de la base : on l'appelle trace de , notée (ou ).
Propriétés.
Calculer la trace d'un endomorphisme défini sans matrice (par exemple sur ou ) : on écrit l'image de chaque vecteur de base et l'on additionne seulement le coefficient de ce vecteur lui-même. Exemple : sur , envoie sur , donc .
Écriture. Un système de équations à inconnues s'écrit avec (matrice du système), , (second membre). Le système homogène associé est . On appelle rang du système le rang de .
Trois lectures du même système :
Structure de l'ensemble des solutions. Hypothèses : : , de rang . Conclusion :
Discussion selon le rang :
Systèmes de Cramer. Le système est de Cramer si et est inversible (rang ). Il a alors une solution et une seule, , pour tout second membre. Les formules de Cramer, qui expriment chaque inconnue comme un quotient de déterminants, sont vues au chapitre suivant, « Déterminants » : ici, on résout par pivot.
Méthode du pivot pour un système. On applique les opérations élémentaires sur les lignes seulement, et au second membre en même temps (on travaille sur la matrice augmentée ). Les échanges de colonnes sont permis à condition de renommer les inconnues. À la fin :
Exemple. , , : donne , puis donne . Le rang est ; pour pas de solution ; pour , , , , soit , droite de ne passant pas par .
On découpe une matrice par des traits horizontaux et verticaux en blocs rectangulaires. Les matrices par blocs apparaissent surtout dans les problèmes (et sont revues en 2e année) ; en 1re année, il faut savoir les lire et les multiplier.
Produit par blocs. Si les découpages sont compatibles (les colonnes de la première coupées comme les lignes de la seconde), exactement comme pour des matrices , en respectant l'ordre des produits (, pas ).
Cas utiles : ; une matrice diagonale par blocs est inversible si et seulement si chaque bloc diagonal l'est ; (blocs diagonaux carrés).
Interprétation géométrique. Soient , , et une base obtenue en mettant bout à bout une base de (de dimension ) et une base de .
Rang par pivot ; injective nombre de colonnes ; surjective nombre de lignes ; pour un endomorphisme, bijective inversible. Bases du noyau et de l'image : § 5.
Pivot sur ; repérer les valeurs du paramètre qui annulent un pivot ; pour les autres valeurs, système de Cramer ; pour les valeurs particulières, rang, condition de compatibilité, solution particulière noyau.
Coefficient diagonal par coefficient diagonal (§ 11) ; ou utiliser pour un projecteur ; ou l'invariance par similitude.