Analyse · 1re année
Prérequis. Calcul algébrique (sommes, identités remarquables), raisonnement par l'absurde et par récurrence, fonctions usuelles (, , racines) et leurs variations. Ce qui vient après. Toute la théorie des suites (limite monotone, suites adjacentes) s'appuie sur ce chapitre : voir la fiche « Suites numériques ». Ici, on n'utilise aucune limite de suite.
Notations : , , désigne l'ensemble des entiers tels que .
. Un réel qui n'est pas rationnel est irrationnel ; l'ensemble des irrationnels se note .
est un corps commutatif, muni d'une relation d'ordre (réflexive, antisymétrique, transitive) totale : deux réels sont toujours comparables. Par définition, .
Règles de manipulation des inégalités ( réels).
| Opération | Règle | Attention |
|---|---|---|
| Somme | et | on n'enlève pas membre à membre : et ne donnent rien sur et |
| Multiplication par | , | si , le sens change : |
| Produit | et | les quatre réels doivent être positifs |
| Inverse | vrai aussi pour , jamais quand | |
| Carré, racine | et | faux sans la positivité : mais |
Pour retrancher, on passe d'abord à l'opposé : , puis on additionne. Pour diviser, on multiplie par l'inverse après avoir encadré celui-ci.
Maximum, minimum de deux réels : et .
Un outil fondamental. Si pour tout , alors (sinon, donne une contradiction). Même chose pour montrer : on montre pour tout .
Pour réel, , c'est-à-dire si et si . Le réel est la distance entre et sur la droite réelle.
Propriétés. Pour réels et :
Inégalités triangulaires. Hypothèses : . Conclusion : (et de même avec au milieu). Il y a égalité à droite si et seulement si et sont de même signe (). Par récurrence : .
Résoudre une équation ou une inéquation avec des valeurs absolues.
À connaître et à savoir redémontrer en deux lignes :
| Inégalité | Domaine | Égalité si | Preuve |
|---|---|---|---|
| , puis division par | |||
| (Bernoulli) | , | ou | récurrence, en multipliant par |
| ; | ; | ; | étude de fonction |
| étude de sur , puis imparité | |||
| (Cauchy-Schwarz) | et proportionnelles | trinôme de discriminant |
Chaîne des moyennes () : (moyennes harmonique, géométrique, arithmétique, quadratique), avec égalité partout si et seulement si .
Comment démontrer une inégalité (dans l'ordre où on les essaie) :
Soit une partie de .
Un majorant n'est pas unique (tout réel plus grand en est un autre) ; un maximum, s'il existe, l'est. Exemple : a pour minimum mais n'a pas de maximum : si , le réel est encore dans et dépasse .
Parties d'entiers. Toute partie non vide de a un plus petit élément. Une partie non vide de qui est majorée (resp. minorée) a un plus grand (resp. plus petit) élément. Une partie finie non vide de a toujours un maximum et un minimum.
Définition. La borne supérieure de , notée , est le minimum de l'ensemble des majorants de , quand ce minimum existe. Symétriquement, la borne inférieure est le maximum de l'ensemble des minorants.
Théorème (propriété de la borne supérieure). C'est l'axiome qui caractérise parmi les corps ordonnés. Hypothèses : , , majorée. Conclusion : existe dans . Version inférieure : si est minorée et non vide, existe. Les deux hypothèses sont à vérifier par écrit : n'a pas de borne supérieure réelle, non plus.
Lien avec le maximum. Si a un plus grand élément, alors . Inversement, est un maximum si et seulement si . Exemple : .
Caractérisation de la borne supérieure. Hypothèses : non vide, . Conclusion : si et seulement si (i) ( majore ) ; (ii) (aucun réel ne majore ). Pour la borne inférieure : et .
Variante : (ii) peut se remplacer par « pour tout majorant de , ». Une troisième caractérisation, par une suite d'éléments de qui tend vers , sera vue dans la fiche « Suites numériques ».
ne suffit pas. Dans , la partie est non vide et majorée, mais n'a pas de plus petit majorant rationnel (il devrait valoir ). C'est pourquoi les théorèmes d'existence (limite monotone, valeurs intermédiaires) sont vrais dans et faux dans .
Opérations (, non vides et bornées, réel) :
| Partie | Borne supérieure |
|---|---|
| et | |
| , | (si : ) |
Pour démontrer une telle égalité, on prouve deux inégalités : l'une parce que le membre de droite est un majorant, l'autre par la caractérisation (ii) ou par « le plus petit des majorants ».
Lemme de séparation. Si et sont non vides et si pour tous , , alors et existent et (chaque majore , donc ; puis minore ).
, avec pour tout réel . Par convention, si est non vide et non majorée, et si est non vide et non minorée. Avec cette convention, toute partie non vide de a une borne supérieure et une borne inférieure dans .
Calculs : pour réel ; si , si . Formes indéterminées : , , . On ne divise jamais par « pour trouver » sans le dire.
Théorème. Hypothèses : et . Conclusion : il existe tel que .
Idée de la preuve (par l'absurde, avec la borne supérieure) : sinon est non vide, majorée par , donc admet une borne supérieure ; comme pour tout , le réel majore encore l'ensemble : contradiction.
Conséquences utilisées sans cesse.
Théorème-définition. Chaque réel se place entre deux entiers consécutifs d'une seule façon : un seul vérifie . On le note : c'est la partie entière de , c'est-à-dire le plus grand entier inférieur ou égal à . (Existence : est une partie de non vide, grâce à Archimède, et majorée par ; son maximum convient. Unicité : deux tels entiers vérifient .)
Encadrements à écrire spontanément : et . Pour un entier : — c'est la traduction à utiliser dans les équations.
Propriétés ( réels, ) :
Valeurs décimales approchées. Pour réel et , le décimal vérifie : est la valeur approchée de par défaut à près, celle par excès. Sans calculatrice, on obtient en encadrant entre deux carrés d'entiers consécutifs.
Définition. On dit que est dense dans lorsque chaque intervalle avec rencontre . Autrement dit : entre deux réels distincts, on trouve toujours un élément de .
Théorème. est dense dans , et aussi.
Conséquences.
Définition. Une partie de est un intervalle si, dès qu'elle contient deux réels , elle contient tout le segment (on dit que est convexe) : . Équivalent : .
Classification (conséquence de la borne supérieure, avec et dans ) : tout intervalle est de l'une des formes , , , , , , , , , (et les singletons ).
| Vocabulaire | Sens |
|---|---|
| segment | intervalle fermé borné , avec |
| intervalle ouvert | , , , , |
| bornes de | et , qui appartiennent ou non à |
| intérieur de | privé de ses bornes : |
| centre, rayon |
Contre-exemples : , et ne sont pas des intervalles ( manque entre et ; manque ; manque entre et ). Une intersection d'intervalles est un intervalle ; une réunion, pas toujours.
« est une partie de , non vide car elle contient , majorée par ; d'après la propriété de la borne supérieure, existe. » Ne pas chercher sa valeur si l'énoncé ne la demande pas.
Poser , traduire par l'encadrement , en déduire les valeurs possibles de l'entier , puis revenir à et vérifier chaque candidat. Pour , distinguer selon que la partie fractionnaire de est ou .
Fixer ; utiliser Archimède pour obtenir un « pas » plus petit que ; placer un élément de la partie juste après grâce à une partie entière (type ) ou au principe des petits pas.
Si l'énoncé introduit , on dispose de deux informations : majore , et pour tout il existe dans . Une démonstration par l'absurde « si alors » consiste presque toujours à fabriquer un élément de trop grand ou un majorant trop petit.