Algèbre · 1re année
Prérequis. Nombres complexes (forme exponentielle, racines -ièmes de l'unité, ), formule du binôme avec , arithmétique dans (division euclidienne, PGCD, Bézout, Gauss), anneaux et corps, calcul matriciel. Côté Analyse, les « fractions simples » du chapitre des primitives trouvent ici leur justification.
Dans toute la fiche, désigne ou . Les lettres désignent des polynômes.
Définition. Un polynôme à coefficients dans est une suite d'éléments de nulle à partir d'un certain rang. On note la suite ; on a alors (le au rang ) et L'ensemble de ces polynômes est noté . Somme et produit : avec .
Identification des coefficients. Deux polynômes coïncident exactement lorsque leurs coefficients de même rang sont tous égaux. C'est l'outil de base des exercices « déterminer les réels tels que… ».
Degré. Pour , le degré (noté aussi ) est le plus grand tel que ; est le coefficient dominant, et est unitaire si ce coefficient vaut . Convention : .
On note (stable par somme, pas par produit).
Structure. est un anneau commutatif intègre (si , alors ou ), qui n'est pas un corps. Ses inversibles sont les constantes non nulles : impose .
Parité. est pair si (seules les puissances paires de apparaissent), impair si .
Théorème. Hypothèses : , , . Conclusion : on peut trouver un couple , et un seul, vérifiant avec . On appelle le quotient et le reste ; « division euclidienne » s'abrège souvent en « D.E ».
L'unicité vient du degré : si , alors est de degré , ce qui force .
Poser la division. On divise le terme de plus haut degré du dividende par celui de , on soustrait, et on recommence tant que le degré du reste reste . Exemple : .
Trouver un reste sans poser la division. On écrit avec de degré inconnu, puis on évalue aux racines de :
Le quotient et le reste ne changent pas si l'on regarde et réels comme polynômes de (unicité).
et sont deux anneaux intègres munis d'une division euclidienne : le degré joue le rôle de la valeur absolue, les constantes non nulles celui de , les polynômes irréductibles celui des nombres premiers. Presque tous les énoncés de la fiche « Arithmétique dans Z » se transposent, avec les mêmes preuves (elles n'utilisent que la division euclidienne). On ne retient ici que ce qui change.
| Dans | Dans |
|---|---|
| , | , |
| inversibles : | inversibles : constantes non nulles |
| et associés : | et associés : , |
| et | et |
| PGCD choisi positif | PGCD choisi unitaire (ou nul) |
| nombres premiers | polynômes irréductibles |
| décomposition en facteurs premiers | décomposition en facteurs irréductibles unitaires (§8) |
Divisibilité. signifie que pour un certain polynôme (on lit aussi « » dans certains cours). Si et , alors . Pour : le reste de la division de par est nul.
PGCD. Pour , le PGCD est l'unique polynôme unitaire tel que les diviseurs communs à et soient exactement les diviseurs de (c'est un diviseur commun de degré maximal). On le calcule par l'algorithme d'Euclide : , et l'on obtient le PGCD en divisant le dernier reste non nul par son coefficient dominant.
Bézout, Gauss, PPCM : énoncés identiques à ceux de .
Particularités propres aux polynômes.
Fonction polynomiale. À on associe ; on écrit simplement . On a , et .
Racine. Lorsque , on dit que annule , ou que est une racine (un « zéro ») de . Théorème : est racine de (le reste de la division par vaut ).
Racines distinctes. Si sont des racines deux à deux distinctes de , alors divise (récurrence, ou Gauss : les sont premiers entre eux deux à deux).
Nombre de racines. Hypothèses : , . Conclusion : a au plus racines distinctes dans . Conséquences très utilisées :
Multiplicité. Pour , est racine d'ordre (ou de multiplicité ) de si et . De façon équivalente : avec . Racine simple (), double (), multiple (). Si sont des racines distinctes de multiplicités , alors divise , donc : un polynôme non nul de degré a au plus racines comptées avec leur multiplicité.
Dérivée formelle. Pour , on pose , puis , … Règles : , , , et formule de Leibniz .
Formule de Taylor pour les polynômes. Hypothèses : , , . Conclusion : . C'est une égalité exacte (pas d'approximation, pas de reste), à ne pas confondre avec les développements limités d'Analyse. Elle donne l'écriture de « en puissances de », par exemple pour un changement de variable .
Caractérisation de la multiplicité par les dérivées. Hypothèses : , , . Conclusion : est racine d'ordre de et . Preuve : par Taylor en , équivaut à la nullité des premiers coefficients . Conséquences :
Scindé. non constant est scindé sur s'il s'écrit avec et (non nécessairement distincts) : la somme des multiplicités de ses racines dans vaut alors . Scindé à racines simples : les sont deux à deux distincts.
Théorème de d'Alembert-Gauss (admis). Dans , un polynôme de degré possède au moins une racine complexe. Par récurrence sur le degré : tout polynôme non constant est scindé sur . Dans , c'est faux ().
Relations coefficients-racines. Soit , , scindé, de racines (répétées selon leur multiplicité). On note les fonctions symétriques élémentaires. Alors Degré 2 : , . Degré 3 () : , , .
Calculs symétriques usuels : ; (si ) ; pour , on utilise (chaque racine vérifie l'équation) et on somme.
Réciproque utile. Si et , alors sont les racines de ; de même pour trois nombres avec . C'est la méthode pour résoudre un système symétrique.
est irréductible dans s'il est non constant et si ses seuls diviseurs sont les constantes non nulles et les polynômes associés à . Tout polynôme de degré est irréductible. Tout polynôme non constant possède un diviseur irréductible.
Théorème (décomposition en facteurs irréductibles). Tout polynôme non nul s'écrit, de façon unique à l'ordre près, comme le produit de son coefficient dominant et de polynômes irréductibles unitaires (c'est la « décomposition primaire » de certains énoncés). Concrètement :
Racines conjuguées. Si et , alors : si est racine, aussi, avec la même multiplicité (appliquer le résultat aux dérivées). Pour non réel : Méthode pour factoriser dans : factoriser d'abord dans , puis regrouper chaque racine non réelle avec sa conjuguée.
L'exemple de référence : . Ses racines sont les , , toutes simples : Dans , on regroupe et : pour , ; pour , on ajoute le facteur et le produit va de à . Identité utile : ; en , elle donne , d'où des produits trigonométriques grâce à .
Astuces de factorisation dans : faire apparaître une différence de carrés, ; reconnaître .
Soient des éléments de deux à deux distincts (), et .
Polynômes de Lagrange. , pour . Chaque est de degré et ( si , sinon). On a aussi .
Théorème d'interpolation. Hypothèses : deux à deux distincts, . Conclusion : un seul polynôme vérifie pour tout ; c'est . Les polynômes (de degré quelconque) vérifiant pour tout sont exactement les , .
Comme le calcul matriciel précède ce chapitre, les devoirs tunisiens évaluent très souvent un polynôme en une matrice. Pour et , on pose , avec (le terme constant devient ).
Définition. est l'ensemble des quotients avec , , où signifie . C'est un corps qui contient (on y inverse tout polynôme non nul).
Représentant irréductible. Toute fraction non nulle s'écrit de façon unique avec et unitaire ; on l'obtient en divisant et par leur PGCD (dans : en simplifiant les racines communes).
Degré. (indépendant du représentant). et .
Racines et pôles. Pour irréductible : les racines de sont celles de , les pôles de sont les racines de ; l'ordre d'un pôle est sa multiplicité dans . Sur privé des pôles, définit une fonction rationnelle . Il faut mettre sous forme irréductible avant de parler de pôles : n'a pas de pôle.
Partie entière. Hypothèses : . Conclusion : s'écrit d'une seule manière , avec , et . Le polynôme , appelé partie entière de , n'est autre que le quotient obtenu en divisant par (et avec le reste).
Dans . Hypothèses : irréductible, (les distincts), la partie entière de . Conclusion : il existe des complexes , uniques, tels que Les fractions sont les éléments simples de ; est la partie polaire relative au pôle .
Dans . Si (facteurs irréductibles réels), alors s'écrit de façon unique tous les coefficients étant réels. Vocabulaire tunisien : est un élément simple de 1re espèce, (avec ) un élément simple de 2e espèce.
Calcul des coefficients : boîte à outils.
Décomposition de . Si dans , alors Cas de avec , distincts : (lien avec Lagrange, §9).
Lien avec l'Analyse. Une primitive d'une fonction rationnelle s'obtient terme à terme : , pour , et les éléments de 2e espèce donnent des et des . Les sommes télescopiques reposent aussi sur une décomposition en éléments simples.
Calculer jusqu'à la première valeur non nulle ; ou écrire (Taylor) et chercher la plus petite puissance de présente.
Algorithme d'Euclide (divisions successives), PGCD = dernier reste non nul rendu unitaire, puis remontée. Vérifier à la fin. Si l'on connaît les racines, sur les racines communes .
Forme irréductible → partie entière → factorisation du dénominateur → forme de la décomposition avec coefficients inconnus → pôles simples par → plus haut ordre des pôles multiples → limite de , valeurs particulières, parité → vérification en une valeur (par exemple ou ).